Planète Les pères fondateurs réunis pour la signature de la Constitution des Etats-Unis

Peinture de Howard Chandler Christy pour The Indian Reporter

États-Unis : les pères fondateurs et la météorologie

03/11/2020

Alors que les électeurs américains sont appelés aux urnes, nous ouvrons aujourd'hui une série consacrée aux États-Unis et à la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). La NOAA, qui a été fondée sur une idée du président Richard Nixon le 3 octobre 1970, fête cette année ses 50 ans. Premier volet de notre série : l'intérêt porté à la météorologie par les pères fondateurs des États-Unis, George Washington et Thomas Jefferson. 

Les journaux de Washington : des sources historiques sur la météo (1748-1799)

Avant même de devenir le premier président des États-Unis de 1789 à 1797, George Washington a tenu des journaux destinés à se remémorer ses voyages, ses rencontres, des événements spécifiques et... la météo qu'il consignait chaque jour. On va vous expliquer pourquoi.
Développer la connaissance des climats des USA pour pouvoir mieux organiser la rentabilité de l'agriculture était pour lui absolument nécessaire. Cette certitude, il l'a mise en œuvre pour ses besoins propres. En effet, en devenant propriétaire du domaine de Mount Vernon en Virginie, en 1758, Washington décida d’en faire cinq fermes distinctes et se consacra à leur expansion. Juste avant son décès, nous savons, grâce à son journal, qu’il réfléchissait encore à ses futures exploitations agricoles et à l’organisation d’un plan pour la rotation de ses cultures.

De cet amour pour la terre est né son intérêt grandissant pour la météorologie et la climatologie. En tant qu’agriculteur, Washington observait et notait les changements météorologiques et l’impact sur ses récoltes.

Tous ses relevés quotidiens sont une véritable source historique du temps qu’il faisait à l’époque. Ses instruments pour enregistrer le temps étaient peu nombreux, mais un, en particulier, fut remarquable : une girouette, laquelle a survécu aux vents changeants et se trouve toujours aujourd'hui au sommet de la coupole du Mont Vernon. Elle a la forme d'une colombe de la paix, le corps en cuivre est lié avec des bandes de fer. Elle tient dans son bec un rameau d'olivier façonné dans un morceau de fer.

Thomas Jefferson, père des observateurs météorologistes

Le troisième président des États-Unis (de 1801 à 1809), Thomas Jefferson, s'est, quant à lui, toujours intéressé à la science et à son service au profit de la nation et de l'humanité. Enfant, il appréciait les régions inexplorées, la terre et ses merveilles naturelles. À l'âge adulte, il est devenu un homme de sciences accompli qui s'est intéressé aux mathématiques, à la botanique, à la médecine, à l'agriculture, à l'astronomie, à l'ethnologie et, surtout, à la météorologie.
Pendant plus de cinquante ans, il a été un observateur météorologiste systématique dans son domaine dénommé Monticello en Virginie, ce qui lui a permis de mieux comprendre le climat américain. Bien avant 1776, date du premier journal météorologique qu'il a tenu, il rassemblait soigneusement des informations sur le temps en Virginie et faisait ses propres observations à Williamsburg et Monticello.
Jefferson aura même dépassé la portée de la station météorologique actuelle en essayant de collecter des données sur les vents et l'humidité, malgré les instruments imparfaits dont il disposait. Un anémomètre plus précis n'a été inventé qu'en 1850, et l'hygromètre n'a pas été perfectionné de son vivant.

Alors qu'il vivait à Paris en tant qu'ambassadeur (1785-1789), il a expérimenté trois types d'hygromètres différents. Il a enregistré leurs relevés quotidiennement pendant cinq ans dans l'espoir de trouver un instrument fiable pour fournir des observations comparatives précises. L'accumulation patiente de détails sur ce qu'il appelait " les indices du climat " - température, vents dominants, précipitations et événements biologiques connexes comme la floraison des plantes et la migration des oiseaux - devait constituer le fondement d'une théorie fiable du temps et du climat.

Une tempête de neige bien documentée !

Les récits des pères fondateurs des États-Unis sont des sources documentaires vraiment intéressantes lorsqu’il s’agit de phénomènes météorologiques. En 1772, ils ont été les témoins d’une tempête de neige impressionnante.
Dans son journal de Mount Vernon, George Washington écrivait, le 26 janvier 1772 : " Brut, froid et nuageux toute la journée avec un vent qui n'est pas vraiment du nord ". La suite de son récit nous apprend que la neige a commencé à tomber dans la nuit du 27, un jour que Washington a décrit comme " terriblement mauvais ".
Pendant ce temps, à une centaine de kilomètres au sud-ouest, juste au moment où la tempête commençait, Thomas Jefferson rentrait chez lui à Monticello avec sa nouvelle épouse. Dans son Garden Book, il notait qu'il s'agissait là de " la plus grande neige que nous ayons jamais vue ".
Cette fameuse tempête, qui n’a pas été enregistrée officiellement pas les services météorologiques, bat plusieurs records dont celui de la tempête Knickerbocker, qui a sévi du 27 au 29 janvier 1922, faisant près de 100 décès et 130 blessés. Dénommée Washington et Jefferson, elle tient une place particulière dans les mémoires météorologiques américaines.
Aujourd'hui, le rêve d'observations simultanées sur l'ensemble du territoire de George Washington et Thomas Jefferson est bel et bien réel. Le domaine de Monticello est devenue l'une des 12 000 stations météorologiques qui relèvent aujourd'hui du service météorologique national. En sa mémoire, la NOAA a baptisé un navire de recherche hydrographique qui cartographie l'océan pour faciliter le commerce maritime Thomas Jefferson.

Un thermomètre pour chaque député

Dans les années 1770, Jefferson avait prévu de fournir un thermomètre à un député fiable pour chaque comté de Virginie et d'en tirer des observations deux fois par jour de la température et de la direction du vent. Ce projet ambitieux, qui devait constituer la base d'un réseau national d'observateurs météorologiques, fut contrarié par la guerre d'indépendance.