A la une Lumignons dans les vignes à Meursault (21) cette fin de nuit

Infoclimat /Jean-Michel Mitteau

Les gelées printanières, un danger pour la végétation

07/04/2021

Les gelées printanières, comme celles que nous subissons en ce moment, se produisent assez couramment. Mais elles peuvent causer d'importants dégâts, notamment en arboriculture ou viticulture, selon la période à laquelle elles se produisent et selon les cultures, avec des pertes partielles de plus de 50 % des récoltes (certains vignobles de la vallée du Rhône ont subi localement des pertes de 80 % en 2020).

Les gelées plus dangereuses au printemps

C'est au printemps que les épisodes de gels sont les plus dangereux car à cette période les cultures sont à un stade plus avancé. 
Les seuils de sensibilité au gel vont varier selon les cultures considérées, les variétés, mais aussi leur stade de développement.
À titre d'exemple, certaines cultures peuvent très bien résister aux fortes gelées de janvier-février parce qu'elles sont en dormance/repos végétatif, mais subir des dégâts lors d'épisodes de gel beaucoup plus légers, en termes de température mesurée, une fois en phase de débourrement et lorsque les bourgeons sont alors bien plus fragiles.

Les stratégies des agriculteurs

Les agriculteurs connaissent bien ce fléau et, pour certains, sont assurés et/ou équipés pour lutter contre les températures négatives sur leurs parcelles.
On parle de lutte indirecte quand l'agriculteur met en place des stratégies d'évitement et pratiques culturales pour ne pas confronter ses cultures aux gelées pendant les phases où elles sont le plus sensibles (décalage des semis, adaptations des variétés, …). Cette technique n’est pas toujours applicable dans les vergers et pour les vignes notamment.
La lutte directe consiste à déployer des moyens de protection, de brassage de l'air, de chauffage, ou d'aspersion des cultures, comme on a pu le voir les nuits dernières dans certaines régions.

La situation actuelle

La configuration météorologique actuelle est très propice aux dégâts sur la végétation. Nous connaissons en cours de nuit des gelées d'advection, dues à l'arrivée d'une masse d'air froid qui surviennent après une période chaude qui a vu un démarrage rapide de la végétation.
Si des gelées en avril restent assez courantes, c'est l'intensité qui ici inquiète. Et la conjonction de cet épisode de froid avec une certaine avance de la végétation entraîne une forte vulnérabilité de celle-ci au gel, laissant craindre des dégâts, et une forte mobilisation et inquiétude des agriculteurs pour protéger leurs cultures.

D'un point de vue météo, le phénomène est à la fois observable in situ ou mesurable avec des températures au sein des parcelles, à hauteur de la végétation. Côté prévision, on peut déployer des modèles actinothermiques de prévisions ou de probabilités de gelées pour venir accompagner et avertir les agriculteurs. Météo-France intervient également en tant qu'opérateur du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation dans la caractérisation des Calamités agricoles (dont le gel fait partie).

Gelées printanières et changement climatique

Les gelées de printemps continuent à se produire malgré le réchauffement climatique.
En effet, on assiste à une avancée des calendriers culturaux, et les arbres fruitiers ou la vigne sont ainsi toujours soumis au même risque de gel sur floraison ou jeunes bourgeons (floraison et débourrement apparaissent plus tôt dans l’année, le risque de gel à ces stades n'est pas pour autant diminué).