L'Œil du Climat / Damien Rietz
Pourquoi l’épisode de chaleur de fin mai est-il inédit par sa précocité ?
02/06/2026La France a connu entre jeudi 21 mai et samedi 30 mai 2026 un épisode de chaleur durable et intense pour un mois de mai. La France n’avait jamais atteint de tels niveaux de températures à cette période de l’année, de nombreux records mensuels ont été battus sans néanmoins atteindre les niveaux records absolus, que ce soit sur la température minimale ou maximale.
Un dôme de chaleur sur l’ouest de l’Europe
Avec la mise en place d'un dôme de chaleur sur l'ouest de l'Europe lors du week-end de la Pentecôte, la France a connu un épisode de fortes chaleurs d’un niveau inédit pour le mois de mai, en particulier dans l'Ouest de la France. Des températures exceptionnelles de près de 15 degrés, voire plus, au-dessus des moyennes d'une fin mai ont été relevées sur la plupart des régions.
Une Vigilance canicule déclenchée en mai pour la première fois
Dès dimanche 24 mai, un département a été placé en Vigilance jaune canicule. La Vigilance s’est ensuite étendue à d’autres départements et aggravée au niveau orange le lundi 26 mai. Il s'agit de la première Vigilance canicule déclenchée au mois de mai, tous niveaux confondus (la canicule est intégrée au dispositif de Vigilance depuis 2004).
Une chaleur précoce à cette période de l’année
Des épisodes anormalement chauds par le passé ont déjà eu lieu, comme en mai 1947, 1953, 1992, 2005, 2017 et 2022, mais n’avaient jamais atteint de tels niveaux de températures que ce mois de mai 2026.
L'épisode actuel se distingue des précédents par les caractéristiques suivantes :
Un épisode d’une précocité et d’une intensité inédites
- Le mardi 26 mai 2026 a été la journée la plus chaude jamais connue en mai avec une température moyenne de 24,8 °C à l’échelle du pays.
- Le jeudi 28 mai, le mercure a atteint 37,8 °C à Angoulême-La Couronne (Charente), 37,6 à Narbonne (Aude), 37,4 °C à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Jamais un tel niveau de chaleur n’avait été mesuré au mois de mai depuis le début des relevés.
- Plus de la moitié de la France a connu un record mensuel de chaleur (températures minimales et/ou maximales) durant cet épisode, sur un panel de 600 stations environ, mais aucun record absolu n’a été battu au cours de cette période.
- Les précédentes valeurs mensuelles maximales observées, datant souvent de 2022 ou 2017 ont été dépassées, parfois de plusieurs degrés, et ce plusieurs jours de suite.
Des nuits très chaudes
Les nuits ont été également très inhabituellement chaudes lors de cet épisode. Les températures minimales ont atteint des niveaux de températures inédites pour un mois de mai dans de nombreuses villes de l'ouest de la France et sur l’Île-de-France. On a ainsi mesuré 26,2 °C au cap Béar dans les Pyrénées-Orientales (contre 23,4 °C le 29/5/2001), 21,7 °C à Paris dans la nuit de vendredi 29 à samedi 30 mai ou encore 22,1 °C à Dinard (Ille-et-Vilaine) la nuit de lundi 25 à mardi 26 mai.
Un épisode de chaleur durable et étendu géographiquement
La chaleur a touché l'ensemble du pays de manière simultanée et persistante, durant 8 jours consécutifs.
À Paris, on a relevé 34,3 °C samedi 30 mai. Les températures maximales ont dépassé du samedi 23 mai au samedi 30 mai les 32 °C à Paris. Brest a connu quatre jours consécutifs à plus de 30 °C, ce qui n’était jusqu’à présent arrivé que deux fois en 80 ans en août 1955 et juin 1976.
Cet épisode de chaleur laisse-t-il présager un été caniculaire ?
Il n’est pas possible de prévoir les conditions météorologiques semaine par semaine, sur les trois prochains mois. Cependant, on observe, en lien avec le changement climatique, une augmentation des valeurs inédites de températures élevées ces dernières années. Depuis quelques années, en cohérence avec la tendance planétaire du changement climatique, les étés sont plus fréquemment au-dessus des normales de saison*, mais les épisodes de chaleur ou les canicules diffèrent en termes d’intensité, de temporalité et de localisation d’un été à l’autre. Des “parenthèses” de fraîcheur ne sont jamais exclues non plus, comme au cœur de l’été 2023.
Avec le changement climatique, on s’attend à observer de tels épisodes de chaleur de plus en plus fréquemment. Ils seront de plus en plus précoces et de plus en plus intenses. Ils nécessitent une plus grande prudence et la connaissance des bons gestes pour se protéger.
Retrouvez ici les ressources utiles sur le changement climatique
*les normales correspondent à la valeur moyenne observée sur une période de 30 ans entre 1990 et 2020