Planète Importantes inondations en Colombie Britannique (Canada).

BCTrans

Fortes pluies sur le sud-ouest du Canada

17/11/2021

Le sud-ouest du Canada, notamment l'État de Colombie Britannique, a connu, entre samedi et lundi, de fortes pluies apportées par une " rivière atmosphérique ". Ces pluies ont provoqué des inondations obligeant l'évacuation de nombreuses personnes.

D’importants cumuls à Vancouver et aux abords des Rocheuses

Il est tombé, entre samedi 6 h et mardi 6 h, soit en 72 heures :

  • 294,6 mm à Hope (presque 1,5 fois le cumul moyen mensuel) ;
  • 228,2 mm à Agassiz (65 % du cumul moyen mensuel) ;
  • 198,5 mm à Port-Mellos ;
  • 183,4 mm à Pitt Meadows ;
  • 182,2 mm à Malahat ;
  • 159,7 mm à West Vancouver ;
  • 149,9 mm à North Cowichan.

Avec 174 mm en 24 heures dimanche, Hope a battu son record absolu de précipitations quotidiennes (133,4 mm le 2 décembre 1975).

Pineapple Express

La responsable de ces fortes pluies est une « rivière atmosphérique », qui consiste en une circulation rapide d’air tropical, en l’occurrence depuis Hawaï vers l’Amérique du Nord (d’où son petit nom «  Pineapple Express » ou « Route des ananas »). En modélisation, il est très bien visible sur les images de contenu en eau de l’atmosphère (du fait de l’important contenu en eau de l’air chaud tropical).

Champs « eau précipitable » (représentant le contenu en eau de l’atmosphère), modèle du CEPMMT, pression réduite au niveau de la mer et courant jet d’altitude, lundi 15 novembre 2021 à 00 h. La Pineapple Express porte bien son nom : on relie Hawaï à Vancouver à 230 km/h en haute troposphère (soit environ 18 heures)… sans aucune émission de CO2 ! © Météo-France.

Cet air tropical, qui contient beaucoup d’eau du fait de sa chaleur, est donc emmené à grande vitesse vers le nord-est par le courant jet d’altitude. Il est ensuite repris et « pompé » par une dépression en Amérique du Nord, qui crée un front pluvieux très important, compte tenu non seulement d’un fort contraste thermique, mais aussi du fort contenu en eau de l’atmosphère.

Pression réduite au niveau de la mer et masse d'air, modèle du CEPMMT, lundi 15 novembre 2021 à 00 h. © Météo-France.

Par ailleurs, un peu à l’image des épisodes méditerranéens, ces pluies sont renforcées par l’effet orographique des « chaînes côtières » (première chaîne entre l’océan et les Rocheuses, s’élevant à plus de 3 000 m d’altitude).

Rivières atmosphériques

Les rivières atmosphériques existent partout. Il y en a presque tous les jours mais elles n’atteignent pas toujours les continents et n’ont pas toujours des effets aussi marqués. En Europe, sur le même modèle que la « Pineapple Express », nous sommes coutumiers de la « Rhum Express », rivière atmosphérique s’étalant des Antilles jusqu’à l’Europe du Nord, mais parfois aussi jusqu’à la France.

Champs « eau précipitable » (représentant le contenu en eau de l’atmosphère), modèle du CEPMMT et pression réduite au niveau de la mer, lundi 15 novembre 2021 à 00 h. La Rhum Express existe bien, mais la route ne mène nulle part ! © Météo-France.

Les rivières atmosphériques transportent des quantités de chaleur et d’eau très importantes. De façon approximative, on peut s’amuser à calculer le débit d’une rivière atmosphérique large de 400 km, transportant en moyenne 25 l d’eau précipitable par m², à une vitesse moyennée de 100 km/h : on obtient un débit de 270 000 m3/s ! Cela correspond au débit moyen de l’Amazone, plus grand fleuve du monde, à l’issue de la saison des pluies, à son embouchure !
Elles sont donc d’importants vecteurs du transfert d’énergie de l’équateur vers les pôles, résultant de l’inéluctable contraste entre l’équateur fortement réchauffé par le soleil et les pôles qui le sont peu.