A la une La Petite France à Strasbourg en hiver 1956.

D.R.

Hivers : où sont passées les vagues de froid ?

16/02/2022

La Seine gelée à Paris, des températures atteignant -22,2 °C à Strasbourg, la ville de Saint-Tropez paralysée par des congères de plus d’1 mètre... Ces scènes d’un autre monde appartiennent à la vague de froid de février 1956. Loin, très loin de nos hivers actuels.

Il faut remonter à février 2018, puis 2012 pour essayer de saisir un peu de la froidure des mois de février d’antan. Les vagues de froid récentes ont des parfums d’ersatz : elles sont bien moins sévères que celles du siècle passé. Le changement climatique fait fondre les sensations d’hiver. Les épisodes de gel, de neige, toujours possibles dans un climat réchauffé, sont de plus en plus rares et de moins en moins intenses. Nous avons comparé les dernières vagues de froid de février marquantes en France pour souligner leurs évolutions.

Les hivers les plus doux depuis 1900 se sont produits au cours des 25 dernières années, tandis qu’aucun des dix hivers les plus froids n’a été observé au cours des 50 dernières années. 

Les trois hivers les plus doux depuis 1900 sont les hivers 1989/1990, 2015/2016 et 2019/2020.

Extrêmes des vagues de froid de 1956, 2012 et 2018. © Météo-France

Extrêmes des vagues de froid de 1956, 2012 et 2018. © Météo-France.

Février 1956 : la plus grosse vague de froid que la France ait jamais connue

En février 1956 est survenue la plus grosse vague de froid que la France ait jamais subie depuis le début des relevés en 1900. Cet épisode historique a fait de février 1956 le mois le plus froid jamais enregistré en France depuis 1900.

Cette vague de froid est dévastatrice, brutale et durable. Entre le 31 janvier et le 1er février 1956, le quart nord-est du pays voit le mercure chuter de 18 à 20 °C. Pendant trois semaines, cet air glacial est resté bloqué sur le pays.

Le froid a atteint des valeurs extrêmes, avec -28 °C mesurés le 10 février au mont Aigoual à 1 567 m d’altitude, et -32,9 °C le même jour au Pic de Midi (2 860 m ).

La vague de froid a également provoqué de nombreuses et importantes chutes de neige. Saint-Tropez fut recouvert de 70 cm de neige, Saint-Raphaël sous une couche de 60 cm. Plus à l’ouest, le 21 février, une tempête de neige isole l’Aquitaine. La neige atteint 80 cm dans les rues de Bordeaux.

La vague de froid de février 1956 a été exceptionnelle par sa durée et son intensité. En 1954, entre le 30 janvier et le 7 février, un épisode de froid intense avait déjà touché l’Hexagone et suscité l’appel à la solidarité de l’abbé Pierre.

Depuis, d’autres vagues de froid mémorables ont touché le pays. Du 12 janvier au 6 février 1963 et du 3 au 17 janvier 1985, le pays a connu deux vagues de froid d’intensité remarquable.

Au XXIe siècle, les épisodes de grand froid se font plus rares. La dernière vague de froid remonte à 10 ans, en février 2012.

Février 2012 : une vague de froid exceptionnelle

Du 1er au 13 février 2012, l’ensemble du pays a connu une vague de froid exceptionnelle. Les températures ont chuté très rapidement dès le 2 février. Le froid s'est intensifié les jours suivants, accentué par le refroidissement nocturne accéléré sur les sols enneigés. Entre les 4 et 12 février, des températures de -10 °C à -14 °C ont été observées quotidiennement sur plusieurs régions. Localement, le froid fut parfois plus marqué encore avec des valeurs inférieures à -16 °C, voire -18 °C jusqu’à basse altitude.

À l’échelle de la France, cet épisode est tout à fait exceptionnel. Une telle vague de froid n’avait pas été observée dans le pays depuis janvier 1987.

En termes d’intensité globale, il s’agit de la cinquième vague de froid la plus sévère observée depuis 1947 en France. Elle reste malgré tout bien loin des vagues de froid historiques comme celle de février 1956.

Février 2018 : un pic de froid tardif du 26 au 28

Il y a trois ans, le pays a connu un pic de froid à la toute fin de l'hiver météorologique,du 26 au 28 février. Le 27 février a été la journée la plus froide de l'hiver avec des températures descendues jusqu'à -10 à -15 °C sur un large quart nord-est.

La particularité de cette vague de froid tient surtout à son caractère tardif. Les vagues de froid les plus intenses sont en effet généralement observées plus précocement dans l’hiver, comme les vagues de froid historiques de février 1956, janvier 1985 ou janvier 1987.

Les vagues de froid en France pilotées par le « Moscou-Paris »

Les épisodes hivernaux restent toutefois possibles dans un climat réchauffé, même s’ils sont de plus en plus rares et de moins en moins intenses. Les vagues de froid en Europe de l’ouest sont liées à des situations météorologiques spécifiques. Ainsi, les trois vagues de froid de février 1956, 2012 et 2018, sont survenues dans un contexte analogue de « Moscou-Paris ». Le seul flux capable d'amener un froid glacial en France est en effet le flux d'est à nord-est, car ce dernier ne rencontre aucune mer au-dessus de laquelle il pourrait vraiment se réchauffer. Un flux d’air glacial, en provenance d’Europe de l’Est, peut alors déferler sur la France et y stagner quelques jours, parfois quelques semaines, bloqué par un anticyclone. Ces situations expliquent la plupart des vagues de froid sur notre pays.

Le Moscou-Paris, une situation propice aux vagues de froid. © Météo-France.