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Pourquoi le temps change-t-il si vite au printemps ?
24/03/2026Le printemps est une saison de contrastes. Soumise à des masses d’air d’origine polaire encore froid, ou à des masses d’air chaud d’origine subtropicale, la France peut connaître de brusques changements de températures.
Ces derniers printemps, nous avons l'impression de connaître souvent une alternance de temps parfois assez brutale ! Est-ce normal ?
Les changements brusques de température qui semblent nous faire passer de l’été à l’hiver, ou inversement, sont caractéristiques du printemps mais restent toujours aussi surprenants. Heureusement les archives du climat permettent de se remémorer les événements passés.
Dans un passé récent, on se rappellera des printemps 2022 ou printemps 2021, où la remarquable douceur de fin mars a été suivie d'un épisode de gel tardif historique début avril.
En 2018, la chaleur exceptionnelle du 12 au 22 avril laisse place à un épisode froid avec des chutes de neige en fin de mois. En 2013, l’indicateur national de température maximale perd 14 degrés en seulement deux jours, du 25 au 27 avril.
Ces situations sont cependant fréquentes au printemps, et ont déjà été observées par le passé.
À l’échelle du pays, le 12 avril 1986 reste la journée d’avril la plus froide. L’épisode froid avait duré du 9 au 13 avril, avec des chutes de neige touchant une grande partie de la France.
Des chutes de neige sont fréquemment observées en plaine, au printemps. À Paris, on a déjà observé de la neige jusqu’en mai. On relevait 3 cm dans la capitale le 18 mai 1935.
On a coutume de dire qu’il y a un risque de gelées en plaine jusqu’aux Saints de Glace, les 11, 12 et 13 mai, même si dans le contexte de changement climatique, ce dicton populaire est de moins en moins vérifié.
Ces changements sont tout à fait classiques au printemps et s’observent lorsque les centres d’action (dépressions, anticyclones) organisent des flux méridiens (nord-sud) sur notre pays. On peut les observer en toutes saisons mais leurs effets sont particulièrement marqués au printemps.
Comment expliquer ces changements rapides printaniers ?
Le printemps marque la fin de la nuit polaire en Arctique, mais la masse d’air qui baigne le pôle se radoucit lentement. Si une masse d’air d’origine arctique descend sur la France, dans un flux de composante nord, elle transite sur des océans encore froids en cette saison. Par conséquent, elle se radoucit moins qu’en automne, par exemple, car les mers, par inertie, sont plus douces qu’au printemps. Lorsqu’une telle masse d’air envahit la France au mois d’avril, on peut s’attendre à de la neige en plaine de façon localisée et à des gelées en plaine. Lorsqu’une telle vallée froide (thalweg) s’enfonce sur la France, il est classique qu’une partie s’isole en goutte froide (dépression fermée en altitude). Les gouttes froides sont associées à un temps très instable et contribuent à la sensation d’un temps hivernal, avec de fréquentes averses et giboulées pouvant tomber sous forme de neige.
A contrario, si le flux s’oriente au sud et pousse une masse d’air d’origine subtropicale sur notre pays, si des conditions anticycloniques se maintiennent, la France peut ainsi connaître des journées estivales au printemps. Les journées se rallongent, et avec un ensoleillement de plus en plus généreux les températures grimpent plus rapidement dans la journée. Un bel ensoleillement peut permettre au mercure d’atteindre les 25 °C, et même de façon plus remarquable les 30 °C, tôt dans la saison, jusque dans la moitié nord.
Au printemps, la France a parfois la tête à l'envers avec plus de soleil au nord qu'au sud... Pourquoi ?
Les flux méridiens typiques des mois de printemps s'accompagnent de situations météorologiques où les hautes pressions remontent vers le nord de l'Europe, parfois vers les Îles britanniques, parfois vers la Scandinavie et parallèlement, les basses pressions atlantiques "plongent" vers la Méditerranée. Cela se traduit par des écarts de température entre le nord et le sud plus faibles que les autres mois de l'année, notamment en avril et mai.
Au printemps, certaines journées sont ainsi remarquables par une situation inversée nord/sud comme le 27 avril 1993 avec une maximale de 10,2 °C à Carcassonne ou 9,9 °C à Albi contre 29 °C à Strasbourg ou 27 °C à Nancy.
Ces situations inversées sont observées au niveau de l’ensoleillement avec pour le mois d’avril certaines valeurs mensuelles moyennes (normales 1991-2020) localement plus élevées dans le nord que dans le sud du pays : au Touquet (190 heures), à Paris (177 heures) ou Strasbourg (187 heures), l’ensoleillement est en moyenne plus élevé que dans certaines villes du Sud-Ouest comme Mont-de-Marsan (174 heures), Biarritz (171 heures) ou Tarbes (170 heures). En avril 2025, cette situation « inversée » a été marquée avec jusqu’à 256 heures à Rouen et « seulement » 217 heures à Marseille.