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El Niño : quels impacts sur les territoires d’outre-mer ?
13/05/2026Le climat dans le monde est affecté par le phénomène El Niño et son pendant La Niña. Ces phénomènes climatiques trouvent leurs origines dans l’anomalie des températures des eaux de surface du Pacifique équatorial. La survenue d’un événement El Niño marqué en 2026-2027, s’ajoutant à l’effet du changement climatique, augmenterait les probabilités d’observer, en 2026 ou en 2027, une valeur de température moyenne planétaire proche ou supérieure au record de 2024.
Le phénomène El Niño, qui affecte le climat mondial dans son ensemble, impacte également l'activité cyclonique à l'échelle planétaire : certaines zones océaniques enregistrent une activité plus faible que la normale alors que d'autres, comme le bassin Pacifique, connaissent des cyclones particulièrement dévastateurs. Quels seraient les impacts sur les territoires ultramarins ?
L’influence d’El Niño
Lors d’épisodes El Niño, des conditions plus humides sont souvent constatées sur la côte ouest de l’Amérique du Sud, la Corne de l’Afrique ou dans le sud des États-Unis, alors que des conditions sèches sont le plus souvent observées de l’Océanie à l’Australie ainsi que sur le bassin de l’Amazonie. El Niño peut en particulier influencer les conditions climatiques sur les territoires d’outre-mer situés dans les régions tropicales et subtropicales.
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Bon à savoir
Les impacts d'El Niño dépendront de la temporalité du l'épisode, de son amplitude, et de la circulation atmosphérique de grande échelle associée.
El Niño : quels seraient les impacts sur la Guadeloupe et les îles du Nord ?
En Guadeloupe et dans les Îles du Nord, les épisodes El Niño ont généralement pour effet d’orienter le climat vers des conditions plus chaudes et souvent plus sèches. L’impact le plus robuste concerne les températures : on observe en moyenne une augmentation des températures, notamment nocturnes, ce qui peut accentuer le ressenti de chaleur et les situations d’inconfort thermique.
En revanche, l’effet sur les précipitations est beaucoup plus variable. Bien qu’une tendance à des conditions plus sèches soit souvent observée, celle-ci n’est ni systématique ni uniforme selon les saisons. La réponse des pluies dépend fortement d’autres facteurs climatiques, comme les conditions dans l’Atlantique tropical ou la variabilité intfra-saisonnière (notamment l’activité convective).
Par ailleurs, l’intensité d’un épisode El Niño ne permet pas à elle seule de prévoir l’ampleur des impacts locaux : des épisodes modérés peuvent parfois engendrer des anomalies marquées, tandis que des épisodes plus intenses peuvent avoir des effets plus limités. Enfin, le réchauffement climatique tend à amplifier les anomalies de température observées lors de ces épisodes, rendant les années El Niño particulièrement chaudes.
Ainsi, en Guadeloupe et dans les Îles du Nord, El Niño constitue un facteur important d’évolution du climat, mais son influence reste partielle et dépendante du contexte atmosphérique régional.
El Niño : quels seraient les impacts sur la Guyane ?
La phase El Niño apporte généralement des températures supérieures à la normale et des précipitations déficitaires en Guyane.
Néanmoins, l’amplitude de ces différences varie selon les épisodes : par exemple, lors de l’épisode El Niño 2018-2019, qualifié de “faible” en terme d’intensité, le déficit pluviométrique guyanais était bien supérieur au déficit observé pendant l’épisode El Niño 2015-2016, épisode caractérisé comme “très fort”. Les conditions atmosphériques globales jouent effectivement aussi un rôle, il est donc difficile de tirer des conclusions en se basant uniquement sur l’indice qui quantifie l’intensité du phénomène El Niño.
Côté température, durant l’épisode 2023-2024, la température moyenne de 2023 a été supérieure de +1.6 °C par rapport à la normale guyanaise 1991-2020. Cet aspect est accentué par le changement climatique avec l’augmentation des températures induit par les activités humaines.
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À noter : le décalage temporel est faible, c’est-à-dire que les impacts sur le climat guyanais se font ressentir très rapidement après le basculement de la phase neutre vers la phase El Niño.
En somme, les impacts d’un épisode El Niño sont directs et importants : les conséquences sur l’étiage des fleuves, moyens de transport de personnes et de marchandises pour bon nombre d’habitants de l’intérieur du département (par opposition aux zones côtières), ainsi que la remontée du biseau salin en situation de basses eaux qui concerne plutôt les zones côtières, font de la surveillance du phénomène un enjeu majeur pour la Guyane.
El Niño : quels seraient les impacts en Martinique ?
En Martinique, l’influence d’El Niño est plus clairement identifiable sur les températures que sur les précipitations. Les épisodes El Niño sont associés à une augmentation statistiquement significative des températures, notamment nocturnes.
En revanche, l’impact sur les précipitations, bien que tendant vers des conditions plus sèches, reste beaucoup plus variable et difficile à détecter localement. Cela s’explique par la forte variabilité des processus de pluie dans la région, largement influencés par des facteurs locaux et d’autres modes climatiques.
El Niño : quels seraient les impacts sur La Réunion ?
Dans le sud-ouest de l’océan Indien, le phénomène El Niño module l’activité de la saison des pluies. La particularité de ce bassin réside dans l’activation d’autres anomalies océaniques qui sont susceptibles de renforcer l’impact d’El Niño dans la région. Il s’agit de dipôles d’anomalies est-ouest de température de surface de la mer à proximité de l’équateur (dipôle de l’océan Indien ou DOI, phénomène de variabilité climatique propre à l'océan Indien) et dans le sud du bassin entre 30 et 40° de latitude (dipôle sub-tropical de l’océan Indien). Ces dipôles sont souvent, mais pas systématiquement, actifs en même temps qu’El Niño et cette irrégularité participe aux incertitudes sur les impacts de ce phénomène. Cependant, on remarque un effet sur le cumul saisonnier des précipitations qui s’avère en moyenne excédentaire avec des hétérogénéités associées au relief. Les températures sont généralement au-dessus des normales sur toute la saison.
Il faut noter que le phénomène El Nino a également une influence sur l’activité cyclonique dans le bassin, mais que celui-ci n’a pas d’effet sur l’exposition de l’île vis-à-vis de ce risque, la moyenne restant environ d’un impact cyclonique par an.
El Niño : quels seraient les impacts à Mayotte ?
Comme La Réunion, Mayotte est confrontée aux spécificités du bassin de l’océan Indien, tout en étant localisée plus au nord. Elle est ainsi plus impactée par l’activité supplémentaire du dipôle de l’océan Indien qui intervient au début de la saison des pluies. Pour cette île, l’impact moyen est généralement positif sur le cumul de précipitations, globalement excédentaire sur le territoire. Les températures sont également généralement au-dessus des normales.
El Niño : quels seraient les impacts en Nouvelle-Calédonie ?
El Niño-oscillation australe (ENSO) est la principale source de variabilité interannuelle des précipitations et des températures observées en Nouvelle-Calédonie :
- les précipitations sont fortement affectées par ENSO, surtout en saison chaude et particulièrement dans le nord de la Grande Terre et sur les îles Loyauté ;
- les périodes El Niño sont caractérisées par un risque accru de sécheresse (et les périodes La Niña par un risque accru de fortes pluies) ;
- les températures minimales ont tendance à être anormalement basses en périodes El Niño (c’est l’opposé en périodes La Niña) ;
- la relation entre ENSO et les températures maximales est moins marquée, elle varie suivant la saison et la région considérée, son influence sur les températures maximales est faible en saison chaude.
ENSO module par ailleurs l’activité cyclonique sur le Pacifique sud :
Pendant les phases El Niño, l’activité cyclonique est plus étendue qu’en situation La Niña : elle s’étire du nord de l’Australie jusqu’à la Polynésie française et peut donner lieu à des phénomènes plus intenses, du fait d’un contenu thermique plus élevé de l’océan. La saison cyclonique peut durer plus longtemps, avec un démarrage plus précoce et une fin plus tardive.
À noter que pendant les saisons La Niña, l’activité cyclonique se concentre davantage à l’ouest du bassin, s’étirant alors entre le nord de l’Australie et les Samoa. Il y a encore des formations de phénomènes cycloniques près de Wallis-et-Futuna, mais en moins grand nombre qu’en saison El Niño.
À Wallis-et-Futuna, qui se trouve le plus souvent en bordure des anomalies froides et chaudes de température de l’océan, ENSO n’a pas ou peu d’impact significatif sur la pluviométrie et la température.
El Niño : quels seraient les impacts en Polynésie française ?
La variabilité climatique apportée par El Niño-oscillation australe (ENSO) concerne les pluies, les températures et l’humidité en Polynésie française. Son impact est hétérogène sur le territoire.
En moyenne, les épisodes El Ninõ augmentent les cumuls de pluies sur l’archipel des Marquises et, à l’inverse, les diminuent sur les Australes. Les pluies fortes et extrêmes sont notamment plus fréquentes et intenses aux Marquises durant les phases El Ninõ. On peut prendre comme exemple la phase El Ninõ de 1982-1983 durant laquelle les records de pluies sur les Marquises ont été observés. Par ailleurs, il a été observé qu’en moyenne les phases El Ninõ favorisaient la formation des cyclones sur le bassin.
Les pannes d’alizée liées à la phase El Ninõ, associées à la hausse de la température et de l’humidité, entraînent une augmentation du nombre de situations avec des température ressenties élevées sur les archipels des Marquises et de la Société. À l’inverse, aux Australes, un temps moins chaud et plus sec est attendu en moyenne sur les phase El Ninõ.
El Niño : quel impact à Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Par contraste avec les régions d'outre-mer situées dans les régions tropicales ou sub-tropicales, la prévisibilité à l'échéance saisonnière à Saint-Pierre-et-Miquelon est beaucoup plus restreinte. L'influence éventuelle d'un épisode El Niño y est non systématique, et dépendra notamment de la réponse en circulation atmosphérique sur l'Atlantique Nord.
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Quel est le rôle du changement climatique sur l’influence d’El Niño ?
Au caractère non systématique des impacts d’El Niño sur nos régions d’outre-mer, s’ajoute l’influence du changement climatique sur le climat sur les différentes régions de la planète. C’est pourquoi la caractérisation et le suivi d’un épisode El Niño ne peut se faire uniquement sur la base des températures de surface océaniques sur le Pacifique équatorial, mais également en étudiant la circulation atmosphérique associée et en anticipant l’évolution couplée entre l’océan et l’atmosphère. À titre d’illustration, l’épisode récent de 2023 n’a pas eu les impacts typiquement attendus sur la Polynésie malgré un pic d’intensité de l’épisode le classant dans la catégorie des événements « forts ». La communauté internationale, et en particulier l’Organisation Météorologique Mondiale, étudient comment mieux tenir compte de l’influence du changement climatique sur les indicateurs de suivi du phénomène.
Par ailleurs, les études sur l’influence possible du changement climatique sur la fréquence de survenue et l’amplitude du phénomène ne font pas encore l’objet de consensus forts. Cela dit, l’influence d’El Niño peut venir aggraver les impacts du changement climatique sur les précipitations intenses, les feux de forêt, les températures élevées, d’où l’importance de suivre de près ce phénomène.
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