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Températures : pourquoi un tel écart entre le matin et l'après-midi ?

03/04/2026

Dans certaines situations météorologiques, on peut observer une forte différence de températures, plus de 30 degrés, entre le lever du jour et la fin d’après-midi. De tels écarts s’observent classiquement dans des conditions anticycloniques sèches, où le ciel nocturne dégagé et l’absence de vent favorisent la chute des températures durant la nuit, et le bon ensoleillement en journée permet aux températures de grimper rapidement.

Pourquoi fait-il plus froid au petit matin ?

Il fait plus froid au petit matin, car tout au long de la nuit, la Terre perd plus d’énergie qu’elle n’en reçoit. En effet, durant la nuit, la Terre ne reçoit plus le rayonnement solaire, et continue de rayonner dans l’infrarouge. Les nuages jouent également un rôle important. Lorsque le ciel est dégagé, la température de la surface de la Terre baisse plus rapidement ; le sol refroidit la couche d’air à son contact. À l'inverse, lorsque le ciel est couvert, les nuages agissent comme une couverture empêchant le rayonnement de la Terre de partir vers l’espace, et limitent son refroidissement durant la nuit.

Quand le soleil se lève, le sol doit absorber une certaine quantité de chaleur avant que sa température augmente, et qu’il réchauffe ensuite la couche d'air à son contact. Ainsi, la température de l'air peut baisser encore un peu après le lever du soleil, et le minimum de température de la journée se produit en général quelques dizaines de minutes après le lever du soleil.

Lorsque le soleil monte dans le ciel, son rayonnement devient plus important. Il est maximal au midi astronomique, lorsque le soleil est à son point le plus haut dans le ciel, au zénith. Par inertie, la Terre continue de se réchauffer quelques heures après, et la température maximale de l’air est en général atteinte deux à trois heures après l’heure du zénith, entre 15 h et 18 h selon la saison.

En milieu urbain, le maximum de température peut être atteint encore un peu plus tard, car le bâti restitue la chaleur emmagasinée au cours de la journée, ce qui réchauffe encore l’air ambiant. On parle d’îlôt de chaleur urbain.
Ce schéma se réfère à une journée plutôt anticyclonique, calme et ensoleillée, sans un changement de masse d’air qui peut complètement perturber le cycle diurne.

Comprendre les amplitudes thermiques en vidéo

Certaines journées, vous sortez en doudoune le matin… et vous rentrez en tee-shirt le soir. Ce phénomène, c'est l'amplitude thermique. Paul Salesse, journaliste reporter d'images, et François Gourand, prévisionniste chez Météo-France, décryptent de façon simple et pédagogique pourquoi les températures peuvent varier de plusieurs dizaines de degrés en une seule journée, au même endroit.

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    Si vous aussi, vous vivez des journées comme ça…

    Paul apparaît en pull, en tee-shirt, en doudoune.

    Ce que vous venez de voir se passe pendant la même journée, au même endroit. On appelle ça l’amplitude thermique. Et pour comprendre ce phénomène, nous allons rencontrer un prévisionniste qui va nous expliquer.

    Pour commencer, les amplitudes thermiques, qu’est-ce que c’est ?

    François : Les amplitudes thermiques, c'est l'écart entre la température la plus basse de la journée et la température la plus haute, au même endroit lors d’une même journée. Par exemple, si on dit qu’il fait 2 degrés le matin, et qu’il fait 18 degrés l'après-midi, en fait, l'amplitude thermique, elle est de 16 degrés à cet endroit.

    Paul : Et pour calculer ces amplitudes, on s'appuie sur des cartes comme celle-ci. Chaque couleur représente une tranche de température : les teintes bleues pour les minimales du matin, les teintes jaune pour les maximales de l'après-midi. Ces cartes sont élaborées à partir de l’expertise des prévisionnistes sur une liste de températures minimales et maximales, et les plages de couleur vont être choisies en fonction de l’écart de température prévu lors des normales de saison. Pour cela, on utilise des modèles numériques comme le supercalculateur. Elles sont ensuite critiquées, adaptées grâce à l’expertise des prévisionnistes. Elles peuvent ensuite être transmises à des chaînes de télévision qui repartent de nos données pour créer des visuels plus simples et lisibles pour vous.

    François : Vous pouvez voir par exemple sur cette carte les températures qui ont été relevées ce matin et les températures ensuite de l’après-midi. Et on voit très nettement qu’il y a des régions où on avait des températures proches des gelées le matin et il fait une vingtaine de degrés l’après-midi.
    Lorsque le ciel est dégagé, les nuits sont plus froides, et les journées sont plus chaudes. A l’inverse, lorsque les nuages sont présents, la nuit ils retiennent la chaleur près du sol et en journée ils empêchent le soleil de réchauffer l’atmosphère. Donc, dans ce cas là, l’écart se réduit considérablement. Mais ce qui est intéressant évidemment, c’est de maintenant s’intéresser au mécanisme de ce phénomène.

    On va se placer par exemple la nuit quand le ciel est dégagé. Quand le sol perd son énergie accumulée dans la journée par rayonnement, vers le ciel. Et donc s’il n’y a pas vraiment de nuage, ce rayonnement fonctionne à plein et le sol libère beaucoup d’énergie et se refroidit nettement. Ensuite le sol lui-même va refroidir l’air qui se trouve juste au-dessus de lui, et ce mécanisme va durer jusqu’au petit matin où on a la température minimale.

    Est-ce que les températures remontent dès que le soleil se lève ?

    Alors non. En réalité, il y a un délai. Le sol continue de perdre de la chaleur par rayonnement pendant les premières minutes après le lever du soleil. Et au bout d’un moment, le soleil est suffisamment puissant pour que le sol, en absorbant son énergie commence à se réchauffer, et ensuite, ça va assez vite.

    Est-ce que l’on peut dire que le moment le plus chaud de la journée, c'est à midi, quand le soleil est au plus haut ?

    Non, c'est une erreur assez classique. Le soleil, en fait, à midi chauffe, certes, au maximum mais en début d’après midi, il continue à chauffer beaucoup même si ça diminue, et cette chaleur, elle continue à s’accumuler dans le sol encore pendant un moment, en réchauffant l’air qui est au-dessus et en général, le maximum, il est atteint entre 15 et 17 heures typiquement et donc pas à midi.

    Paul : Et quand on dit grande amplitude… On peut aller vraiment très loin ! Le record absolu mesuré par Météo-France, c’est à Mouthe, dans le massif du Jura (Doubs), le 13 janvier 1968 : moins 36,7 degrés le matin et 1,1 degrés l'après-midi. Presque 38 degrés d'écart en une seule journée ! C’est pour le moment l’amplitude thermique record enregistrée en France. Et d’ailleurs, ça amène une question.

    Est-ce qu'on voit ce genre d'écarts de plus en plus souvent avec le changement climatique ?

    Les amplitudes thermiques importantes c’est un phénomène parfaitement naturel qui résulte simplement d’une alternance du jour et de la nuit et de la présence, ou plutôt de l’absence en l’occurrence de nuage. Donc ça, c’est des choses qui ont toujours existé. Il n’y a pas de raison particulière que le climat change grand-chose. Le réchauffement climatique, qu’est-ce qui fait ? Il va quand même rendre globalement les températures minimales un peu moins froides et il va rendre les maximales plus chaudes. Mais il y aura toujours un écart entre ces maximales et ces minimales, et c’est difficile aujourd’hui de savoir en l’absence de mesures précises si cet écart varie véritablement. Donc il y a des données qui sont en cours d'analyses et on pourra peut-être répondre à cette question dans le futur.
     

    Paul : La prochaine fois, si vous hésitez entre mettre un pull ou un manteau, c'est juste la physique de l'atmosphère qui s'exprime. Si cette vidéo vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner pour suivre les prochaines vidéos. Activez la cloche, et je vous dis à bientôt pour de nouveaux phénomènes météorologiques !

Comment calculer l’écart de températures ?

On définit l’amplitude quotidienne de température d’un jour J comme la différence entre la température maximale (maximum de température observé entre J 6H TU et J+1 6H TU) et la température minimale (minimum de température observé entre J-1 18H TU et J 18HTU). L’heure TU (Temps universel) est en décalage d’une heure avec l’heure locale métropole en heure d’hiver (6 heures TU = 7 heures locale), deux heures en heure d’été (6 heures TU = 8 heures locale).

À quelles saisons les amplitudes thermiques sont-elles plus importantes ?

Ces situations de fortes amplitudes thermiques sont typiques de conditions anticycloniques sèches en fin d'hiver ou au début du printemps, mais se produisent aussi parfois en fin d'été ou début d'automne.

Les nuits sont alors assez longues pour permettre un refroidissement important, d’autant plus sous un ciel dégagé, et en l’absence de vent, limitant le brassage de la couche d’air au contact du sol et l’uniformisation de la température. En l’absence de nuages, l’ensoleillement diurne est suffisamment conséquent pour réchauffer l’air ambiant.

Quelles sont les régions les plus concernées par des amplitudes thermiques marquées ?

Les régions de montagne, où l’air est généralement plus froid, donc naturellement plus sec (car l’air froid peut accueillir moins de vapeur d’eau que l’air chaud), sont plus facilement soumises à une masse d'air très sèche en situation anticyclonique. Avec des courants descendants de grande échelle, on peut observer une forte inversion thermique dans le profil vertical de température : l’air froid est piégé dans les basses couches, alors que la montagne baigne dans la douceur.

Il en est de même pour les lieux situés dans des cuvettes (« trous à froid »), où l'air froid s'accumule par ciel clair la nuit, et qui peuvent surchauffer le jour à la faveur d’un fort ensoleillement et d’un vent très faible.

Ainsi, les stations d'altitude moyenne, à proximité ou dans les massifs montagneux, dans des lieux encaissés (cuvettes, vallées bien marquées), peuvent présenter, en situation anticyclonique, des amplitudes thermiques importantes.

Dans les combes jurassiennes, la brise de pente reste très faible. Avec une déperdition d’énergie maximale, l’air froid est piégé au fond de la cuvette et se refroidit intensément tout au long de la nuit. Schéma de Bruno Vermot-Desroches (Météo-France)

Quelle est l’amplitude thermique quotidienne maximale observée en France ?

En France, l’amplitude quotidienne la plus forte a été observée à Mouthe, dans le Doubs, à 940 mètres d’altitude, le 13 janvier 1968. Elle atteint 37,8 degrés. La température est passée d’une minimale de -36,7°C (qui est d’ailleurs la température la plus basse jamais mesurée en France) à une maximale de +1,1°C ! Ce grand écart de températures a été permis par un net changement de masse d’air sur la journée. Ainsi, dans l’air glacial présent sur l’est de la France, la température a pu descendre durant la nuit du 12 au 13 janvier jusqu’à -36,7 °C. Une masse d’air bien plus doux a gagné la région par l’ouest et a progressivement chassé l’air froid en place, permettant la remontée de la température jusque dans la nuit. Le maximum de 1,1 °C a ainsi été observé dans la nuit du 13 au 14 janvier.

Dans le secteur de Mouthe, dans les années 50 à 70, d'autres amplitudes quotidiennes remarquables, entre 32 et 35 °C, ont été relevées en situation anticyclonique hivernale avec des minimales inférieures à -25 °C.

De fortes amplitudes thermiques quotidiennes ont également été observées lors d’un épisode de chaleur tardif début octobre 2023.

À Aubusson, en Creuse, à 486 m, avec une température minimale de -2,3 °C et une maximale de 29,7 °C, le 7 octobre 2023, l’amplitude atteint 32 degrés sur la journée.
Le même jour, l’amplitude atteint 31 degrés à Massiac, dans le Cantal, à 533 m, avec une minimale de -1,8 °C, et une maximale de 29,2 °C. La veille, le 6 octobre, une amplitude thermique de 31 degrés est également relevée à Coltines dans le Cantal à 979 m.

En plaine aussi, les amplitudes quotidiennes dépassent par endroits les 30 degrés lors de cet épisode de chaleur. À Pissos, dans les Landes, le 8 octobre 2023, la température passe de 2,7 °C au petit matin, à 33,4 °C au plus chaud de la journée, soit une amplitude de 30,7 degrés. Le 7 octobre, une amplitude quotidienne de 30 degrés est mesurée à Monteils dans l’Aveyron, une amplitude de 29,8 degrés à Blars et à Livernon, dans le Lot.

Des amplitudes thermiques de l’ordre de 30 degrés peuvent tout autant s’observer en plaine dans des conditions chaudes estivales.
Durant la vague de chaleur d’août 2020, l’amplitude thermique quotidienne atteint 30,3 degrés à Pissos le 6 août.
Le 22 juin 2003, elle avoisine les 30 degrés par endroits de la Bourgogne à la Loire : 30 degrés à Saint-Denis-de-Cabanne dans la Loire, et à Anlezy dans la Nièvre, 29,8 degrés à Chablis dans l’Yonne.