Histoire Il y a 100 ans, la tour Eiffel émettait ces 1ers radio-télégrammes météos

© Bibliothèque Nationale de France

Il y a 100 ans, la tour Eiffel émettait ses 1ers radio-télégrammes météorologiques

12/11/2020

Novembre 1920 marque une étape importante dans l'histoire de la météorologie. La tour Eiffel commence, à partir de cette date, à émettre des radio-télégrammes météos quotidiens. Cela marque un progrès énorme dans la célérité de la transmission de l'information météo par rapport à la situation d'avant-guerre.

La tour Eiffel émet le premier bulletin météo radiophonique

En 1903, Gustave Eiffel met sa tour, menacée de démolition, à disposition de l'armée. Il finance lui-même les essais militaires de la TSF (Télégraphie sans fil), menés par le capitaine Ferrié. Celui-ci est chargé en 1904 par le ministère de la Guerre de gérer le poste radiotélégraphique de la tour Eiffel. L'émetteur de la tour, qui possède alors l'antenne la plus haute du monde et a une portée de 400 kilomètres, fonctionnera sans interruption à partir de cette date.

Le poste de radio-télégraphie de la tour Eiffel écoute aussi les ondes, et en 1914, Ferrié va intercepter les messages allemands, permettant la réussite de la contre-attaque française sur la Marne. Plus tard, les écoutes de Ferrié contribueront à l'arrestation de la célèbre espionne Mata Hari. La TSF militaire de la tour Eiffel sera rejointe en 1921 par une station de radio civile, qui sera la première en France à diffuser la voix humaine et de la musique, Radio-Tour Eiffel. La TSF se transforme en radio, et le premier bulletin météo radiophonique sera émis depuis la tour Eiffel l'année suivante.

La TSF et la météo

Les services météorologiques utilisent le télégraphe, inventé par Samuel Morse en 1837, depuis les années 1850. Ce système fonctionne très bien pour transmettre observations et prévisions par voie terrestre, mais est complètement inadapté pour le transport maritime, puis pour l'aéronautique naissante : il faut toujours un fil pour transmettre les signaux électriques qui portent l'information !
La TSF, inventée à la fin du XIXe siècle, va bouleverser le fonctionnement de tous les services météorologiques dans le monde, mais bien timidement en France.
Car si la compagnie Marconi diffuse dès 1902 des bulletins météo en code Morse par la TSF pour les grands transatlantiques qui s'approchent des côtes américaines, la diffusion de bulletins quotidiens d'informations météo par la TSF française ne débute que le 1er septembre 1913.
Un an après, c'est la guerre, et les informations météo deviennent " Secret Défense ". La paix revenue, la TSF ne remplace pas encore le télégraphe classique, et les transmissions sont lentes et souffrent de nombreux retards. De plus, les codes de transmission ne sont toujours pas finalisés. 

Le poste de télégraphie sans fil de la Tour Eiffel gardé militairement - ©Agence Meurisse (1914)

Les radio-télégrammes de la tour Eiffel

Le 1er novembre 1920 marque une étape importante dans l'histoire de la météorologie. La tour Eiffel commence, à partir de cette date, à émettre 4 radio-télégrammes météo quotidiens, comprenant environ 100 groupes de 5 chiffres relatifs aux observations de 24 stations françaises.
Cette transmission est effectuée seulement 75 minutes après l'heure de l'observation. C'est un progrès énorme par rapport à la situation d'avant-guerre, où le message TSF de la tour Eiffel ne comprend que 16 groupes de 5 chiffres pour la France, avec les observations de seulement 8 stations, et qui est transmis avec un délai de quatre heures après l'heure d'observation. Cette amélioration est réalisée grâce à un  avant usage de la TSF et du téléphone.
Avant 1920, le système n'a pas changé depuis 1878 : les stations font leurs observations aux heures prévues, trois fois par jour, et les transmettent immédiatement par télégraphe vers Paris. Mais comme il y a peu de liaisons télégraphiques directes, les messages font de multiples détours. Ils sont " retransmis " à chaque étape, jusqu'à Paris, où ils arrivent, non pas à la météo, mais au grand central télégraphique de la rue de Grenelle, où ils sont regroupés, après un périple en tube pneumatique à travers les étages du bâtiment, dans la pièce des " télégrammes officiels ". Là, ils attendent d'être tamponnés d'un visa officiel. Un télégraphiste les renvoie ensuite vers le Bureau central de la météorologie, l'ancêtre de Météo-France, qui compile toutes les observations dans un message unique qui est enfin transmis à la tour Eiffel, pour être émis par la TSF.
Il se passe donc en moyenne 3 h 45 entre l'heure d'observation et l'heure d'émission. Avant la guerre, la prévision est faite pour les 24 heures à venir et on juge alors qu'il y a peu d'inconvénients à la rédiger 4 ou 5 heures après les observations, comme le font alors les centres météo de province, qui doivent attendre le message de la tour Eiffel pour établir leur bulletin local.

Un seul bulletin national diffusé par la tour Eiffel

En 1920, c'est l'ouverture des premières lignes commerciales aéronautiques pour le transport des passagers et il y a déjà sept compagnies aériennes en activité en France. La sécurité du transport aérien devient une question internationale. Le Service de la navigation aérienne et le CINA, ancêtre de l'Organisation de l'aviation civile internationale, sont créés à cette période. Côté météo, il faut répondre aux nouveaux besoins spécifiques de l'aviation : des prévisions à l'échéance de quelques heures (la durée d'un trajet aérien de l'époque) avec des observations nombreuses (caractéristiques du vent au sol et en altitude, état du ciel, nuages, précipitations, pression, etc.) nécessaires au vol et l'atterrissage, sur des zones très variées. L'observation et les transmissions sont donc réorganisées : la France est découpée en six régions, pourvues chacune d'une station centrale qui groupe les observations des stations météo environnantes, soit par téléphone, soit par la TSF. Cette station retransmet les observations réunies, uniquement par la TSF, sur Paris où le service météorologique militaire a organisé un important système d'écoute qui permet de recevoir simultanément les observations transmises par les six stations régionales.

Ainsi l'observation de 7 h 00 de Biarritz est reçue à 7 h 15 à Toulouse, qui centralise les observations du Sud-Ouest de la France, et les retransmet en un seul message à Paris à 7 h 40. À 8 h 15, toutes les observations ont été collectées et réunies en un seul bulletin national diffusé par la tour Eiffel. Les radio-télégrammes sont transmis à 2 h 15, 8 h 15, 14 h 15 et 19 h 30. Ce qui permet à chaque station météo locale, située en général sur un aérodrome, d'établir des plans de vol pour les pilotes, avec de nombreuses observations détaillées et relativement récentes, au lieu de disposer seulement d'un bulletin généraliste, avec des observations datées et une tendance peu précise pour la matinée du lendemain, comme c'était le cas avant la guerre. En plus des nouveaux radiogrammes, le BCM continuera cependant à diffuser un radiogramme tous les jours à 11 h 15 à destination des services européens, contenant les observations (pression, vent au sol, état du ciel) faites à 7 h dans 14 stations françaises sélectionnées, un résumé en clair de la situation générale et la tendance pour le lendemain.