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Froid en mars : quelques précédents

17/03/2021

Alors qu’un coup de froid est envisagé le week-end prochain, un retour sur les vagues de froid les plus tardives en France est proposé dans cet article. Si les vagues de froid les plus sévères ont généralement lieu entre fin décembre et mi-février, il arrive qu'un froid intense s'invite plus tardivement, parfois jusqu'en mars. Ce phénomène est rare car le rallongement de la durée du jour avec un soleil plus haut sur l'horizon à l'approche du printemps rend plus difficile l'obtention d'un froid diurne intense (les journées sans dégel, caractéristiques des vagues de froid, sont plus rares en mars qu'au cœur de l'hiver). Depuis 1947, et après un 25 février, la France n’a connu que trois vagues de froid généralisées sur l'ensemble du pays. Il n’existe pas de vagues de froid identifiées au niveau national après un 10 mars, au sens des critères climatologiques de Météo-France.

Le week-end prochain : gelées fréquentes, localement fortes, maximales basses

Samedi 20 mars devrait être la journée la plus froide du mois, et la plus froide depuis le 13 février 2021, journée la plus froide de l’hiver en France. À l’échelle de la France, l’indicateur de température* devrait se rapprocher de 4 °C, très certainement sous la barre des 5 °C, ce qui est de plus en plus rare à cette époque de l’année, en tout cas ces dernières décennies. On restera de toute façon loin des critères d’une vague de froid, qui nécessitent des journées sans dégel sur une partie du territoire. De toute manière, passé un 10 mars aucune vague de froid n’a été recensée depuis au moins 1947.

Nombre de jours avec une température moyenne inférieure à 5 °C entre le 20 mars et le 20 juin. © Météo-France.

Retour sur les 3 vagues de froid les plus tardives en France

Du 26 au 28 février 2018 : courte vague de froid, mais caractère tardif remarquable

Les critères de vague de froid sur la France sont atteints pendant 3 jours du 26 au 28 février 2018. Le 27 février est la journée la plus froide de l'hiver : la température moyenne sur la France* est glaciale avec -3,2 °C, soit 10 °C sous les moyennes. C’est la journée la plus froide observée en France après un 25 février depuis mars 1971. Le 28 au matin, le mercure descend parfois jusqu’à -18 °C à Mourmelon-le-Grand (Marne). Le même jour, certaines villes bretonnes connaissent leur jour sans dégel le plus tardif jamais observé (même en 1971) avec -0,1 °C à Brest, -0,2 °C à Rennes. Le 28 également, une perturbation qui remonte sur la moitié sud du pays apporte d’abondantes chutes de neige, donnant 20 cm à Montpellier (centre-ville) et 30 à 50 cm sur le nord de l'Hérault et les Cévennes. À Cannes, le mercure reste bloqué sous les 5 °C pendant 3 jours consécutifs, du jamais vu si tard dans la saison (y compris en mars 1971) et plus vu depuis la vague de froid historique de janvier 1985.

Fin février/début mars 2005 

Un autre épisode de froid aussi tardif, mais plus durable, pouvant être qualifié de vague de froid (critères d'intensité, de durée et d'étendue spatiale) remonte à 2005, du 22 février au 2 mars inclus. Plus généralement, les conditions étaient restées hivernales de la mi-février jusque vers le 12 mars, avec surtout un pic d'intensité entre le 27 février et le 2 mars. Des records de froid pour un mois de mars ont été battus le 1er du mois (-15 °C à Romorantin, -13 °C à Poitiers, -12 °C à Bergerac et Lons le Saunier, -11 °C à Niort, -9 °C à La Rochelle), des records mensuels parfois battus de 5 °C ! Le mercure tombe dans le Haut-Doubs à -27,0 °C à Levier le 1er, à 713 m d'altitude, et -25 °C le 2 mars à Mouthe à 940 m d'altitude. De nombreuses séquences neigeuses se manifestent en diverses régions. À Paris, la neige reste 14 jours au sol. À Lons le Saunier, dans le Bas Jura, la neige reste au sol pendant 27 jours, du 14 février au 12 mars, la plus longue série avec neige au sol en 50 années de mesures à la station (ouverte en 1972). 

Début mars 1971

La vague de froid s'étale du 4 au 8 mars. C’est la seule vraie vague de froid qui ait débuté en mars, donc en dehors de l’hiver climatologique, depuis au moins 1947. De fortes chutes de neige touchent le Sud-Est (25 cm à Cannes, 22 cm à Bonifacio). Les minimales sont alors de -19 °C à Luxeuil, -15 °C à Annecy, -14 °C à Saint-Etienne, -11 °C à Orléans, -10 °C à Bordeaux et Cannes, -9 °C à Paris, mais aussi des maximales très basses comme par exemple -2 °C à Paris et -4°C à Lille l'après-midi. Le 6 mars 1971, le mercure tombe à -30,5 °C à Mouthe, 940 m d'altitude.

Anomalie de température moyenne quotidienne en France pour la première décade de mars 1971. © Météo-France.

Quelques épisodes froids autour du début du printemps

Vers l’équinoxe de printemps, aucune véritable vague de froid n’est possible, mais des épisodes de froid parfois marquants peuvent se produire. En recherchant des séries de 3 jours consécutifs avec une anomalie de température moyenne agrégée inférieure à -5 °C en deuxième quinzaine de mars, on identifie 5 épisodes dans le passé :
    • 17 mars 1985 – 20 mars 1985 (4 jours) ;
    • 18 mars 1975 – 20 mars 1975 (3 jours) ;
    • 25 mars 1969 – 29 mars 1969 (5 jours) ;
    • 22 mars 1963 – 24 mars 1963 (3 jours) ;
    • 15 mars 1962 – 19 mars 1962 (5 jours).

Sinon, plus récemment, on peut signaler, en mars 2018, un coup de froid du 17 au 22 mars avec des conditions hivernales et un épisode neigeux tardif. On a relevé 3 à 5 cm en général en région parisienne, 5 cm aux Buttes-Chaumont* à Paris et jusqu’à 28 cm en forêt de Montmorency (Val-d’Oise), 2 à 5 cm sur le quart nord-ouest du pays et jusqu’à 10 cm notamment en Normandie et Bretagne. Plus au sud, en Nouvelle-Aquitaine, des chutes de neige rares en cette saison ont donné 3 à 5 cm en Charente-Maritime, y compris en bord de mer.

Neige aux Buttes-Chaumont le 17 mars 2018. © Météo-France, François Jobard.

Végétation : le changement climatique accentue paradoxalement les risques liés au gel

Des études montrent que le changement climatique accroît les risques de dégâts liés au gel sur la végétation, ce qui peut sembler paradoxal. Dans un contexte de changement climatique, les températures hivernales sont en hausse et elles conduisent à un développement de la végétation de plus en plus précoce en fin d’hiver. En fin d’hiver ou même au printemps, il est courant d’observer d’importants refroidissements liés à la situation météorologique et au positionnement des centres d’action. Les cultures, en stade avancé, sont alors exposées de façon accrue aux gelées. C'est tout à fait ce qui pourrait se produire dans les prochains jours.

Un article complet pour en savoir plus sur le sujet.

 

*Diagnostic établi à partir de l'indicateur thermique : moyenne des températures quotidiennes de 30 stations métropolitaines.