A la une Les fortes chaleurs cette semaine surviennent alors que certaines régions souffrent déjà du manque de pluie.

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Sécheresse : chaleur précoce et manque de pluie sur certaines régions

11/05/2022

La France connaît cette semaine un épisode de chaleur remarquable à cette période de l’année, avec des températures dignes d’un plein été. Ces fortes chaleurs surviennent sur des sols déjà secs à très secs sur de nombreuses régions, après un début d’année marqué par le manque de pluie.

Il a fait lundi plus de 25 °C sur de nombreuses régions, et le seuil des 30 °C a été franchi mardi dans le Sud-Ouest. Ces premières chaleurs s’installent cette semaine et devraient se poursuivre la semaine prochaine alors que certaines régions souffrent déjà du manque de pluie.

Quelle est la situation actuellement ?

La France connaît en effet un épisode de chaleur précoce, durable et étendu, avec des pointes attendues à 30 ºC du côté de Clermont-Ferrand, Bordeaux, Montauban, Toulouse, Lyon... Sans être inédit, cet épisode est remarquable si tôt dans l’année.

Cet épisode survient alors que la France enregistre un déficit cumulé de précipitations de 20 % depuis septembre 2021 jusqu’à avril 2022. Le manque de pluie a été quasi continu depuis septembre 2021. Seul le mois de décembre a été plus pluvieux que la normale. Il a ainsi très peu plu depuis le début du printemps. Sur les derniers mois, le déficit mensuel de précipitations atteint même 30 % à 40 % en février et en mars, et 25 % en avril. 

On distingue plusieurs types de sécheresses :

    • La sécheresse météorologique correspond à un déficit prolongé de précipitations.
    • La sécheresse des sols, dite " agricole ", se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre 1 et 2 m de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l'évapotranspiration des plantes. Cette notion tient compte de l'évaporation des sols et de la transpiration des plantes (l'eau puisée par les racines est évaporée au niveau des feuilles). La sécheresse agricole est donc sensible aux précipitations, à l'humidité et à la température de l'air, au vent mais aussi à la nature des plantes et des sols.
    • La sécheresse hydrologique se manifeste enfin lorsque les lacs, rivières ou nappes souterraines montrent des niveaux anormalement bas. Elle dépend des précipitations mais aussi de l'état du sol influant sur le ruissellement et l'infiltration. Le réseau hydrographique et les caractéristiques des nappes déterminent les temps de réponse aux déficits de précipitations observés sur différentes périodes.
Ces différentes sécheresses peuvent intervenir à différents moments, non forcément concomitants, et ne sont pas forcément systématiques.

Les fortes chaleurs vont venir aggraver cette situation de sécheresse des sols. Quelles sont les régions les plus concernées ?

Entre septembre 2021 et avril 2022, on observe des déficits de pluie de 25 à 50 % sur :
    • le Grand Est (27 %) ;
    • le nord de la Nouvelle-Aquitaine (ex-région Poitou-Charentes) (33 %) ;
    • la Bretagne (25 %) ;
    • l'est de PACA (30 % à l’échelle de PACA) ;
    • la Corse (22 %).

En conséquence, les deux tiers de la France connaissent déjà des sols secs à très secs. Ces trois derniers mois, les sols sont restés très secs pour la saison sur la moitié est, la Corse et localement sur le nord de la France. Ces régions connaissent une situation se produisant en moyenne 1 année sur 10.  Les sols ont été extrêmement secs pour la saison sur PACA, la Corse, le Massif central, une partie de la Bourgogne, du Grand Est et des Hauts-de-France, situation se produisant en moyenne 1 année sur 25.  

Nous sommes seulement mi-mai… faut-il craindre la sécheresse cet été ?

Un temps chaud et sec est prévu sur la France jusqu’en milieu de semaine prochaine. Au-delà on ne dispose pas de prévisions météorologiques, mais uniquement de tendances saisonnières pour le trimestre.  En moyenne, la tendance climatique indique que le scénario le plus probable est la poursuite des conditions plus sèches et plus chaudes que la normale mais avec une probabilité de seulement 50 % sans que l’appréciation en moyenne puisse préjuger de la survenue d’épisodes ponctuels de précipitations et de variations autour de la moyenne.

Est-ce que des pluies en mai pourraient changer un peu la situation ?

Si des pluies se produisent à la fin du mois de mai et au-delà, elles pourront humidifier superficiellement les sols pour certaines parties du territoire et compenser partiellement le déficit hydrique et les effets de l’évapotranspiration. Elles n’amélioreront cependant pas le niveau des nappes phréatiques, dont la période de recharge correspond aux mois d’hiver. Leur effet sur les débits des cours restera assez limité. 

Ces situations sont-elles liées au changement climatique ?

Le déficit de précipitations de 20 % que la France subit actuellement n’est pas inédit sur une saison de recharge. La période actuelle, septembre 2021-avril 2022, est comparable avec ce que nous avons connu sur la période septembre 2018-avril 2019 (déficit national de 19 %). Toutefois, les régions touchées par ces déficits de précipitations sont différentes.

Depuis le début du siècle, la France subit un assèchement de ses sols et une accentuation de l’intensité des sécheresses. Cette tendance s’accentue dans un contexte de réchauffement climatique marqué.
La France a connu des épisodes de sécheresses importants dans les dernières décennies, comme 1976, 1989, 2003 ou 2011. Cependant, on note une augmentation de la fréquence des épisodes de sécheresse depuis le début des années 2000. Ces épisodes se caractérisent par une intensité accrue et une durée plus longue. La proportion du territoire frappée chaque année par une sécheresse a également augmenté, passant de 5 % dans les années 1960 à 10 % dans les années récentes.