Histoire météo Les troupes américaines débarquent à Omaha beach © US. National Archives

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Juin 1944 : la météo au cœur du Débarquement

25/09/2026

Il y a 80 ans, en juin 1944, le Débarquement des forces alliées en Normandie ne pouvait avoir lieu que par des conditions météorologiques très particulières …

La météo a joué un rôle crucial dans le Débarquement de Normandie le 6 juin 1944.

Ce fut le cas dans plusieurs autres opérations militaires historiques. Aujourd’hui encore les prévisions météo sont centrales pour la Défense. Météo-France apporte un appui essentiel aux forces armées.
 

L’importance de la météo

Le Débarquement nécessite des conditions météorologiques particulières. Fort des enseignements des débarquements en Afrique du Nord et en Sicile, le général Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe, surveille de près les prévisions pour établir sa stratégie.

Il charge ainsi James Stagg, colonel dans l’aviation et chef météorologue au quartier général britannique, de la coordination des équipes de prévisionnistes issus des services météorologiques alliés civil (British Meteorological Office) et militaires (US Army Air Forces et Admiralty Weather Office).

Les conditions optimales d'un débarquement sur les côtes normandes sont les suivantes :

  • une nuit de pleine lune et peu de nuages pour les bombardements préalables ;
  • un vent faible pour le parachutage des hommes ;
  • peu de vagues à la côte pour le débarquement des hommes et du matériel ;
  • pour bénéficier à la fois d'un effet de surprise et y voir suffisamment, le débarquement doit avoir lieu à l'aube, mais avec une marée basse au lever du soleil afin de distinguer les mines et les obstacles déposés par les Allemands sur les plages.

Compte tenu de ces impératifs et en s'appuyant sur des études climatologiques, le général Eisenhower fixe, le 17 mai, la date du débarquement en Normandie au 5 juin 1944. À la fin du mois de mai, les forces alliées installent un PC météorologique à Portsmouth, au sud de l’Angleterre.

Le débarquement repoussé de 24 heures

À partir du 29 mai, les prévisions indiquent qu’après une période de temps clément, il faut s’attendre à une dégradation entre le 2 et le 4 juin, pouvant durer jusqu’au lundi 5 ou au mardi 6 juin.  
Le 2 juin, James Stagg confirme que les conditions devraient être perturbées jusqu’au 7 juin, même si l’incertitude est plus grande pour la fin de la période. L’opération Overlord est toutefois mise en route.
Le 3 juin, les conditions météorologiques prévues ne s’annoncent pas propices au débarquement : le vent doit se renforcer, jusqu’au passage du front froid, le 7 juin. Le général Eisenhower décide d’attendre le lendemain pour prendre une décision.
Le dimanche 4 juin au matin, les prévisions ont changé. James Martin Stagg signale que le front froid pourrait traverser la zone dès le lendemain matin, rendant impossible le débarquement. Le général Eisenhower décide alors de retarder l’opération de 24 heures et d’arrêter les forces navales déjà en mouvement. 
Ces prévisions sont confirmées le 4 juin au soir avec l’annonce d’une amélioration à partir de l’après-midi du 5 juin, avant une nouvelle dégradation. Le général Eisenhower confirme la date du 6 juin pour le débarquement.
 
Si la chronologie des conditions météorologiques durant ces jours décisifs est connue depuis de nombreuses années, des documents d’époque récemment exhumés du fonds d’archives météorologiques des Archives nationales à Fontainebleau permettent de cerner plus précisément les conditions climatiques des 5 et 6 juin 1944. Parmi ces documents figure notamment un carnet allemand d’observations horaires, réalisées depuis le phare de la Hève au Havre. 
Les Allemands, qui s'attendaient à un débarquement quelque part sur les côtes françaises, surveillaient évidemment de près l’évolution de la situation  météorologique. Ils savaient que les conditions de marée et de lune seraient favorables à partir du 5 juin, et ils avaient prévu du mauvais temps du 5 au 7 juin. Mais ils pensaient que les Alliés avaient besoin d'au moins 6 jours de beau temps pour lancer une telle opération. 
Les observations allemandes récemment retrouvées confirment que les conditions ont été beaucoup plus favorables le 6 juin que la veille. 

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    D-DAY : la météo au cœur du débarquement

    Juin 1944. La France est occupée depuis quatre ans. Sur les côtes normandes, les Alliés s'apprêtent À lancer la plus grande opération militaire de l'Histoire. Des centaines de milliers d'hommes, des milliers de navires, des milliers d'avions.

    Mais avant le premier coup de feu, une bataille invisible se joue déjà : celle de la météo. Car un seul paramètre peut faire basculer l'opération : le vent, la mer, les nuages. Alors comment en 1944, sans satellite, sans modèle numérique et sans ordinateur a-t-on réussi à prévoir le temps qu'il ferait sur les plages du débarquement ? Aujourd'hui, on décrypte ensemble les cartes météo originales de l'époque.

    Pour réussir un débarquement de cette ampleur, les Alliés ont besoin d'un cocktail de conditions très précises. Une mer suffisamment calme pour permettre aux péniches de débarquement d'accoster sans chavirer. Un vent faible pour ne pas dévier les parachutistes largués de nuit. Un ciel dégagé, pour que l'aviation puisse appuyer les troupes au sol, et une marée basse au lever du jour pour relever les obstacles posés par les Allemands sur la plage.

    Seuls quelques jours par mois réunissent toutes les conditions à la fois. Et en juin 1944, si les Alliés la ratent, il faudra attendre la prochaine configuration de marée idéale. Nous sommes dans le service de documentation de Météo-France, où sont archivés de nombreux documents, dont les cartes d'analyses météorologiques de juin 1944 qui ont été produites par l'Allemagne, mais également par l'Angleterre. On va d'abord se concentrer sur les cartes météorologiques des services anglais que l’on voit ici.

    Ce sont des cartes plutôt à une échelle assez grande. On peut bien voir l'Europe en blanc, puis tout ce qui est océan et mer sur des teintes bleues. Et sur ces cartes sont renseignés beaucoup de paramètres météorologiques qui donnent ensuite lieu à certains dessins. Tous ces points, tous ces ronds que l’on voit sur les cartes un peu partout, notamment on peut voir là, sur l'ouest de l'Irlande, le sud...

    Tout ça, ce sont des points d'observation qui ont été renseignés, qui ont été analysés, puis ensuite qui ont été mis à plat sur cette carte. Et ensuite, on y renseigne plusieurs choses : ces sortes de barbules, ces sortes de petits traits qui sont à la fois dans un sens et puis qui sont barrés dans un autre. Ça fait référence à la direction du vent et à sa puissance. Ensuite, on a les ronds dont je parlais.

    Plus ils sont remplis, plus ça veut dire que le ciel est encombré de nuages. Il y a ensuite, par exemple, ces nombres-là qui sont en fait des températures. Alors ce n'est pas en degrés, mais c'est en Fahrenheit, puisque c'est fourni par le service anglais. Une dernière chose qui est renseignée dans ces cartes météorologiques et qui est quand même très importante, ce sont les fronts.

    C'est en fait la partie d'une perturbation où l'air change, où le vent tourne et se renforce très rapidement. Et souvent c'est accompagné de passages de pluie. Et ces fronts, ils sont renseignés sur ces cartes, sur ces sortes de lignes, sortes de dessins dessus, des ronds ou alors des triangles pour pouvoir renseigner le type de front. Ces cartes, elles étaient à l'époque réalisées deux fois par jour, une fois à 7 heures UTC et une autre fois à 18 heures UTC.

    Donc en gros le matin et une autre à peu près vers le soir. Vous aurez sans doute remarqué, en haut à droite de la page, le terme secret. Évidemment, cela fait référence à la confidentialité des ressources météorologiques en temps de guerre, qui est une ressource vraiment très précieuse. Alors, ces cartes dont je viens de parler, ce sont des cartes d'analyses météorologiques, et comme leur nom l'indique, ce sont des cartes qui sont basées sur l'observation.

    Les observations qui sont recensées via tout un réseau d'observation plus ou moins dense, qui se compose de capteurs météorologiques qu'on va mettre sur des bateaux ou qu'on va même envoyer haut dans l'atmosphère via des ballons sondes, des sortes de petites montgolfières qu'on va envoyer haut dans l'atmosphère et qui vont avoir plein de capteurs en leur sein, et qui vont ensuite envoyer toutes ces données, telles que l'humidité, la pression, la température, mais également la force et la direction du vent. Et petit détail qui n'en est pas un, et qui montre que, en temps de guerre, la ressource météorologique, les données météorologiques, sont des ressources précieuses. Eh bien, en fait, les deux cartes des deux services météo différents, et qui sont de nations ennemies à ce moment-là, sont très différentes. Parce qu'en fait, à cause de l'occupation du continent, principalement par l'Allemagne, les données sont vraiment exclusives à l'Allemagne, tandis que tout ce qui est dans le Royaume-Uni et plus à l'ouest, ce sont des régions qui appartiennent à l'Angleterre à ce moment de la guerre, et donc ils ont accès à ces ressources là en termes de météorologie.

    Pour ce qui est de l'Espagne et du Portugal, qui, à ce moment-là de la guerre, étaient des pays neutres, ils fournissaient à la fois les données météorologiques à l'Allemagne et également à l'Angleterre. Alors maintenant, la question la plus importante de cette vidéo, certainement : pourquoi a-t-il été décidé de débarquer durant la nuit du 5 au 6 juin 1944, sous la tutelle du général Eisenhower et de James Stagg, le directeur des services météorologiques anglais ? En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'ils se sont aperçu qu'au début du mois de juin 1944, on était dans des situations assez perturbées, avec des perturbations qui se sont enchaînées sur le nord de la France, par conséquent sur les régions de la Manche. Ce qui fait qu'on avait des conditions qui étaient quand même très peu propices pour débarquer sur les côtes de la Manche.

    Et on peut le voir, en fait, dans ces différentes cartes là, depuis le 2 juin, en voyant ces lignes qui font référence à des fronts. Ces lignes, en fait, on voit qu'elles s'enchaînent sur les jours à venir, du 2 au 5 juin. On voit vraiment toutes ces lignes, à chaque fois, qu'on voit d'un jour à l'autre s'enchaîner et qui présagent vraiment un temps assez perturbé. Et on se rend compte qu'après le 4 juin, à l'aube du 5 juin, on observe qu'une perturbation est présente, mais elle est quand même assez loin du Royaume-Uni, ce qui nous laisse une fenêtre plus ou moins grande pour pouvoir débarquer.

    Et même si les conditions n'étaient pas forcément idéales, il y avait quand même un peu de vent, il n'y avait pas forcément un ciel totalement dégagé, il a quand même été décidé de débarquer entre le 5 et le 6 juin, parce que ces conditions étaient quand même plus propices que les jours précédents. Le 6 juin 1944, un petit groupe de spécialistes de la météo a changé le cours de l'Histoire juste en regardant le ciel. Ils cherchaient une simple fenêtre, un moment où la mer serait calme et le ciel dégagé, juste assez longtemps pour que des milliers de soldats puissent débarquer sur les plages. Sans cette prévision, le débarquement aurait pu être un échec.

    Aujourd'hui encore, connaître la météo à l'avance, c'est un peu comme avoir un super-pouvoir pour nos armées. Et en France, c'est Météo-France qui a ce super-pouvoir. Chaque jour, les prévisionnistes de Météo-France donnent des informations sur le temps qu'il va faire aux soldats, aux marins et aux pilotes de l'armée. Ils leur apprennent aussi à lire le ciel à l'Ecole Nationale de la Météorologie.

    Et à Toulouse, il existe même un endroit spécial entièrement dédié au soutien des forces armées grâce à la météo. Pour qu'un largage de parachutistes ou de matériel atterrisse au bon endroit, il faut connaître la direction et l'intensité des vents. Grâce à ses modèles, Météo-France fournit des précisions qui guident les opérations de nos forces armées amenées à être déployées dans le monde entier. La connaissance de la météo est essentielle.

    Et tout ça, en 1944, les prévisionnistes l'ont fait sans radar, sans satellite et sans ordinateur, juste avec des cartes dessinées à la main, un crayon et quelques instruments. Une poignée de personnes a su repérer une fenêtre de quelques heures et changer le cours de la guerre. Cette vidéo est à présent terminée. Si elle vous a plu, n'hésitez pas à mettre un j'aime.

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Focus sur le temps du 6 juin

La température était d’environ 18 °C, proche de la normale pour un jour couvert en juin. Elles attestent aussi de la présence de bancs de nuages bas (stratus) en fin de nuit, a priori non prévus. Ces nuages bas sont devenus plus nombreux au cours de la journée avec l’affaiblissement du vent (passant de force 6 à force 4 vers 5 heures du matin). Le vent était quant à lui conforme aux prévisions. Il s’est affaibli en fin de nuit, puis s’est orienté progressivement au cours de la journée à l’ouest, voire ouest nord-ouest, et s’est renforcé à nouveau légèrement vers 11 h. Dans ce type de situation, les plages les plus à l’est de la zone de débarquement subissent des vents plus forts et une mer plus agitée, ce qui peut expliquer les difficultés rencontrées dans la partie orientale de la tête de pont.

Les informations météorologiques codées durant la guerre

Pendant la guerre, toute l'information météorologique était transmise par radio, mais sous forme codée. Sauf à connaître les codes de la partie adverse, chacun ne disposait que de ses propres observations, de celles de ses alliés et des pays neutres (Espagne, Portugal …). En fait, lors du débarquement, les Alliés savaient déchiffrer les codes allemands. Ils recevaient aussi les observations météorologiques des territoires occupés via des émetteurs clandestins dont deux en France (Evreux et Châtillon-sur-Seine).

Pour autant, les cartes d’analyses de l’époque dont Météo-France dispose ne font pas apparaître les observations clandestines ou déchiffrées. Ces cartes comportent le tracé des isobares et les observations faites par les stations météorologiques (couverture nuageuse, direction et vitesse du vent, température de l'air, en degré Fahrenheit pour les Britanniques, en degré Celsius pour les Allemands).

La carte du service météorologique allemand ne présente aucune information sur les zones tenues par les Alliés : Iles Britanniques, Afrique du Nord, Italie du Sud, Sicile, Sardaigne. La Corse, qui s'est libérée en septembre 1943, ne figure pas non plus sur la carte allemande alors que l'observation de Bonifacio est présente sur la carte britannique ; en revanche, Guernesey et Cherbourg sont toujours sous contrôle des Allemands. À l'inverse, sur la carte britannique, aucune information n’est présentée pour les pays occupés (France, Pays-Bas, Europe centrale, Europe du Nord). Les observations des stations météorologiques d'Espagne, pays neutre, figurent sur les deux documents.

Des observations météorologiques réalisées par des bénévoles

Parmi les nombreux documents mis à jour aux Archives nationales de Fontainebleau, l’un d’entre eux est un relevé d’observations météorologiques effectué sur la commune du Molay (Le Molay-Littry depuis 1969), dans le Calvados, 13 km à l’ouest de Bayeux.

Le dernier relevé a été effectué le 5 juin (température minimale de 11,5 °C le 5, maximale de 27,5 °C le 4). La commune est rapidement libérée (le 10 juin), l’observateur reprend ses relevés dès le 15 juin.

Cartes prévues par les services météorologiques allemand et britannique les 4, 5 et 6 juin 1944

Carte allemande pour le 4 juin 1944 ​​​​Carte allemande pour le 5 juin 1944 ​​​​Carte allemande pour le 6 juin 1944

Ci-dessus, de gauche à droite les cartes allemandes des 4, 5 et 6 juin 1944.

Ci-dessous, de gauche à droite, les cartes britanniques des 4, 5 et 6 juin 1944.

​​​​Carte britannique pour le 4 juin 1944 ​​​​Carte britannique pour le 5 juin 1944 ​​​​Carte britannique pour le 6 juin 1944