A la une Cette année, tous les services météorologiques mettent à jour les normales climatiques.

Météo-France

De nouvelles normales pour qualifier le climat en France

27/06/2022

Références climatiques, les " normales " servent à représenter le climat d'une période donnée. Elles sont calculées sur 30 ans et mises à jour toutes les décennies. En 2021, Météo-France a entrepris la production des normales sur la période 1991-2020. Ces nouvelles normales de référence seront utilisées à partir du 28 juin 2022, remplaçant les normales 1981-2010.

Pourquoi changer de référence ?

Les normales climatiques permettent de caractériser le climat sur un lieu donné, pour une période donnée. Il s'agit d'un produit statistique de référence pour l'étude du climat. Les normales ne sont toutefois pas des outils adaptés pour caractériser le changement climatique. 

Le concept de normales climatiques est apparu au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et était basé sur le principe que le climat était constant à des échelles décennales à centennales. Or le climat évolue à ces échelles de temps, sous les effets conjugués de sa variabilité naturelle à de multiples échelles temporelles et des activités humaines. De ce fait, les normales 1981-2010 n’étaient plus représentatives du climat actuel. Météo-France a donc entrepris de calculer les nouvelles normales sur la période 1991-2020, conformément aux règles de l’OMM, comme la plupart des services météorologiques dans le monde. Cette opération a conduit à la publication de nouvelles données de référence sur le climat, avec une évolution sensible notamment pour les différents indicateurs liés aux températures. Ces nouvelles normales remplaceront, à partir du 28 juin 2022, celles portant sur la période de référence 1981-2010.

Le calcul des normales concerne toutes les variables du climat (température, précipitation, vent, ensoleillement…), mais aussi de nombreux indicateurs illustrant la distribution statistique de ces paramètres : moyenne, quintiles (ce qui se produit une année sur cinq), records, nombre de jours au-dessus d’un seuil...
Les normales 1981-2010 étaient représentatives du climat moyen sur une période autour des années 1990 et ne représentaient plus le climat « actuel » dans le contexte du changement climatique, notamment en matière de température. Il fallait donc les actualiser.

Ces normales reflètent-elles un climat " normal " ?

Ces nouvelles références climatiques, calculées sur la période 1991-2020, seront représentatives d’un climat centré sur les années autour de 2005 et présenteront encore un léger biais par rapport à la période actuelle.

Ces nouvelles « normales » sont cependant loin de décrire notre climat normal d’il y a encore quelques décennies. Le changement climatique, et la hausse des températures associée, s'est accéléré ces dernières décennies. À son rythme, les normales, utilisées en climatologie comme outils statistiques pour calibrer les épisodes, changent aussi. Bien plus chaudes qu’il y a trente ans, ces indicateurs subissent les effets du changement climatique.

La nouvelle période de référence 1991-2020 englobe ainsi des épisodes et des valeurs records hors normes climatiques précédentes. Ainsi, 2020 a été l’année la plus chaude jamais mesurée en France, marquée par des épisodes méditerranéens historiques. En 2019, les vagues de chaleurs exceptionnelles ont provoqué des températures inédites de 46 °C dans le sud de la France...

Des travaux de recherche sont en cours pour proposer des estimations de normales climatiques non-stationnaires, dans le but de disposer des références non-biaisées pour le climat présent.

Toujours plus chaud

En termes de moyenne calculée sur 30 ans, la nouvelle normale de température calculée sur la période 1991-2020 en France s’établit pratiquement à 13 °C (12,97 °C) en hausse de +0,42 °C par rapport à 1981-2010.

Évolution de la normale de la température annuelle moyenne. © Météo-France.

Depuis 1900, la température moyenne en France s’est réchauffée de 1,7 °C. Chaque décennie depuis 1970 est plus chaude que la précédente. Ces dix dernières années, durant la période 2011-2020, la hausse atteint +0,6 °C et marque la plus forte progression observée entre deux décennies en France depuis 1900.
La température moyenne sur la France métropolitaine est analysée au jour le jour via un indicateur thermique prenant en compte les données de 30 stations météorologiques disposant d’un historique ancien et régulièrement réparties sur le territoire.

Pour la 5e décennie consécutive, les températures moyennes de la période 2011–2020 ont été en hausse par rapport à la décennie précédente.

Analogues climatiques : Strasbourg a le climat du Lyon des années 1970

En comparant le climat des années 1970 (normales 1961-1990) à celui d’aujourd’hui, en terme de température, Strasbourg a le climat du Lyon des années 1970, Lille celui de l'ancien Rennes… On observe un net décalage du climat en 30 ans. Le nord du pays retrouve un climat proche de celui de l’ouest dans la France d’il y a trente ans.

On observe un net décalage du climat en 30 ans.

Des précipitations stables, mais avec des disparités

En moyenne sur la France, les nouvelles normales de cumul annuel moyen agrégé sur la France est stable (935 mm sur 1981-2010, autant sur 1991-2020). Ce constat cache de fortes disparités saisonnières et régionales. En hiver, la moitié sud du pays est plus arrosée qu’auparavant, la moitié nord plus sèche. Au printemps, les conditions sont plus sèches sur l’ensemble du pays alors qu’à l’été, c’est le contraire. À l’automne, les précipitations sont plus importantes partout au sud de la Seine, notamment près de la Méditerranée.

Évolution de la normale du cumul annuel de précipitation. © Météo-France.

D’autres périodes de référence utilisées pour qualifier le climat

  • Quel est l’impact du choix de la période de référence pour décrire le climat et ses évolutions ?  

Pour analyser les effets du changement climatique, on parle rarement des valeurs absolues attendues sur une région ou un pays mais plutôt de l’écart avec les valeurs observées sur une période passée ou récente. Cette période est longue d’au moins 30 ans, comme pour le calcul des normales climatologiques. Selon les applications et leur finalité, plusieurs références peuvent cohabiter, et l’attention du lecteur est attirée sur ce point, pouvant être source de mauvaise compréhension.

  • Référence préindustrielle (1850-1900)

Dans le cadre de l’Accord international de Paris sur le changement climatique, les pays ont convenu de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale en dessous de 2 °C, et si possible 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Le choix d’une période représentative de ce climat préindustriel, c’est-à-dire « pas encore significativement influencé par l’homme » fait débat, mais la période 1850-1900 est souvent utilisée. Il s’agit de la période la plus ancienne pour laquelle on dispose d’observations fiables et raisonnablement nombreuses de température à l’échelle mondiale, et l’influence humaine demeurait limitée à cette période.

  •  Référence climat actuel (1976-2005)

La période de référence 1976 à 2005 est souvent utilisée dans les projections climatiques analysées par le Giec. Il s’agit d’une période standard de 30 ans du passé récent qui correspond à la période  la plus récente dans les simulations historiques  de l’exercice CMIP5. C’est ainsi  la référence actuelle utilisée pour les projections climatiques sur la France disponibles dans le portail Drias par exemple. 

  • Sensibilité du diagnostic de réchauffement climatique à la référence utilisée

Le choix de la période de référence peut modifier la valeur des changements attendus pour différentes variables climatiques, la température notamment.
Ainsi avec la référence 1976-2005, le réchauffement par rapport au début du XXe  siècle en France (normale 1901-1930) est de +0,8 °C, mais la moyenne des températures observées sur la période récente 2011-2019 est supérieure de +1 °C à cette référence 1976-2005.
L’OMM recommande de choisir la normale 1961-1990 comme période de référence pour la communication sur le changement climatique.