Infos climat St Malo ce matin après le passage de la tempête Franklin.

Infoclimat / Pierrick T

Séquence tempétueuse dans le nord de l’Europe

21/02/2022

Après le passage la semaine dernière de Dudley et d’Eunice, Franklin a apporté de nouveaux vents tempétueux en Europe ce dimanche et ce lundi. Après Corrie fin janvier, c’est la 4e tempête en moins d’un mois nommée par les services météorologiques du nord-ouest de l’Europe (groupe Irlande, Royaume-Uni, Pays-Bas).

En France, des intempéries loin du centre de Franklin

Comme au passage d’Eunice, bien que le centre dépressionnaire en question circule loin au nord du territoire, son vaste front froid a conduit des vents tempétueux sur les régions proches de la Manche entre dimanche soir et lundi matin, avec des rafales dépassant régulièrement les 120 km/h à la côte :

  • Brignogan (29) : 121 km/h ;
  • Barneville-Carterêt (50) : 150 km/h ;
  • Saint-Vaast-la-Hougue (50) : 124 km/h ;
  • Fécamp (76) : 141 km/h ;
  • Boulogne-sur-Mer (62) : 127 km/h ;
  • Calais (62) : 117 km/h.

Les rafales ont régulièrement dépassé les 100 km/h dans l’intérieur au nord de la Seine.

À noter la valeur de 171 km/h, mesure de vent instantané au cap Gris-Nez, à l’environnement idéal pour des rafales extrêmes (cap en falaise en entrée du Pas-de-Calais), une sorte de cap Corse pour l’Hexagone.

Assez classiquement, le passage de cette tempête se décline ce lundi en Méditerranée en un renforcement du mistral et de la tramontane, avec parfois des déferlements violents en Provence et surtout en un violent libeccio en Balagne avec déferlements entre Bastia et le cap Corse.

Alors que la dépression Franklin tournicote déjà loin en mer Baltique, on a mesuré ce lundi après-midi en Corse :

  • 171 km/h à l’île-Rousse (promontoire sur la côte exposée de Balagne) ;
  • 166 km/h à Cagnano ;
  • 158 km/h au cap Sagro ;

et sur le continent :

  • 140 km/h au cap Béar (66) ;
  • 135 km/h au mont Aigoual (30) ;
  • 120 km/h à Rosans, dans la plaine des Hautes-Alpes (05) ;
  • 111 km/h à Vidauban (83).

Régime de temps propice à la formation des tempêtes

Cette succession de tempêtes dans l’Atlantique nord se produit dans un contexte de grande échelle favorable, à savoir une phase positive de l’oscillation nord-atlantique (NAO+). On nomme ainsi la différence des pressions au niveau de la mer entre Lisbonne et Reykjavik, climatologiquement positive, mais qui subit de nombreuses variations au cours de la saison ou d’une saison à l’autre. Lorsque cette différence est exacerbée, on parle de phase positive ; celle-ci se traduit par un régime de temps perturbé océanique sur le nord-ouest de l’Europe. Cette phase positive actuelle est accompagnée de courants-jets très puissants traversant l’océan, et ces courants-jets, véritables moteurs des tempêtes, favorisent le creusement sur leurs flancs nord de dépressions très creuses,  allant parfois au stade de la tempête. 

Une succession de tempêtes hivernales comme ces derniers jours est quelque chose de relativement courant dans le climat de nos latitudes. On peut récemment se rappeler du mois de février 2020 qui avait connu une longue série de coups de vent, ou encore de l’hiver 1989-1990, hiver de référence en terme de tempêtes en France. Ces deux périodes avaient une signature très nette et persistante en NAO+.

Des tempêtes en février : un phénomène récurrent

La tempête Franklin, qui touche notre pays aujourd’hui, arrive quelques jours seulement après les tempêtes Dudley et Eunice. La formation de tempêtes, quelques fois en série, en février n’est pas inhabituel. Depuis 1980, on a recensé avant cette année 68 tempêtes qui ont touché la France. On trouve parmi elles des tempêtes qui ont marqué les esprits, comme Xynthia en 2010 ou Ciara en 2020.

Plus généralement, on remarque que la majorité des tempêtes se produisent en France pendant les mois d’hiver, comme le montrent les graphes ci-dessous.

Répartition mensuelle des tempêtes en France métropolitaine du 1er janvier 1980 au 30 juin 2021. © Météo-France

Répartition saisonnière des tempêtes en France métropolitaine du 1er janvier 1980 au 30 juin 2021. © Météo-France

En termes de sévérité, si l’on prend les 25 tempêtes majeures qui ont touché la métropole de 1980 à juin 2021, seules 5 n’ont pas eu lieu en période hivernale (hiver météorologique du 1er décembre au 31 mars).

Une succession de tempêtes à cette saison n’est pas non plus exceptionnel. Il suffit de retourner en 2020 pour trouver une série de 11 tempêtes entre le 3 février et le 5 mars, 3 en moins d’une semaine entre le 9 et le 16, dont une majeure, Ciara, du 9 au 11. On se rappelle tous des deux tempêtes de 1999, Lothar et Martin, qui avaient dévasté le pays à deux jours d’intervalle.