Vent Arbres déracinés par une tempête.

© Capdegelle Denis - Météo-France

Les vents violents et les tempêtes

21/02/2020

Chaque année, plusieurs tempêtes touchent la France. Certaines d'entre elles, comme Lothar, Martin ou Xynthia, particulièrement violentes, ont marqué la mémoire collective. Quand parle-t-on de tempêtes ou de vents violents ? Où les vents violents sont-ils les plus fréquents sur l'Hexagone ? Quelles sont les tempêtes les plus remarquables des dernières décennies ? Comment naissent-elles ? Le changement climatique a-t-il un impact sur la fréquence et l'intensité des tempêtes ?

Qu'appelle-t-on « vent violent » ?

La dénomination de vent violent s'applique en météorologie aux vents de force 10 à 12 sur l'échelle de Beaufort, c'est-à-dire aux vents moyens atteignant au moins 89 km/h (valeur minimale de la force 10). Dans le langage courant, et notamment dans le cadre de la « garantie tempête » des contrats d'assurance, la référence concerne les rafales supérieures à 100 km/h.

Qu'est-ce qu'une tempête ?

Une tempête est une zone étendue de vents violents générés aux moyennes latitudes par un système de basses pressions (dépression). Pour caractériser la sévérité d'une tempête, on prend donc en compte les valeurs de rafales de vent maximales enregistrées mais aussi la durée de l'événement et la surface de la zone affectée par les vents les plus forts (rafales supérieures à 100 km/h ou plus). Ainsi, les tempêtes qualifiées de « majeures » au niveau national affectent plus de 10 % du territoire.

Le terme de tempête n'est défini rigoureusement que dans les domaines de la météorologie marine et de la météorologie tropicale. Néanmoins, l'usage veut que les météorologues nomment « tempêtes » les rafales de vent approchant les 100 km/h dans l'intérieur des terres et 120 km/h (voire 130 km/h) sur les côtes. Lorsque le vent atteint ces valeurs, on va même qualifier de « tempête » la dépression à l'origine de ces vents. Ce terme désigne donc à la fois une zone étendue de vents violents et la dépression qui les génèrent.

Aux latitudes tempérées, les tempêtes ont un diamètre de l'ordre de quelques centaines à quelques milliers de kilomètres et une durée de vie d'environ une semaine.

Des définitions spécifiques en météo marine et tropicale

En météorologie marine, une tempête correspond plus précisément à la force 10 de l'échelle Beaufort. Cette échelle, allant de 0 à 12, permet d'estimer la vitesse moyenne du vent en fonction de l'état de la mer. La force 10 correspond à des vents moyens de 89 à 117 km/h et des rafales de 110 à 150 km/h. En météorologie tropicale, on appelle « tempête tropicale » une dépression observée au niveau des latitudes tropicales ou subtropicales dont les vents moyens sont compris entre 62 et 117 km/h. Au delà de ces valeurs, la dépression devient « cyclone tropical ».

Comment nomme-t-on les tempêtes ?

Depuis le 1er décembre 2017, Météo-France, en partenariat avec les services météorologiques espagnol (AEMET) et portugais (IPMA), met en œuvre un nommage des tempêtes susceptibles de toucher ces trois pays.

C'était, jusqu'alors et depuis les années 1950, l'université de Berlin qui proposait une liste de noms pour les dépressions et anticyclones à venir. En France, ce n'est qu'à partir des tempêtes de 1999 qu'on a l'habitude de nommer les tempêtes : les tempêtes de 1999 sont ainsi appelées Lothar et Martin, et on se rappelle de la tempête Xynthia de 2010, à chaque fois en référence au nom de la dépression associée.

Parallèlement, le UK Met Office (le service météorologique britannique), à l'image des cyclones, nomme les tempêtes qui touchent l'archipel britannique. Ainsi, la tempête de la mi-septembre a été baptisée Eileen outre-manche, mais est connue sous le nom de Sebastian en Allemagne, touchée sur ses côtes nord-ouest.

Où vents violents et tempêtes sont-ils les plus fréquents en France ?

Plusieurs tempêtes touchent chaque année l'Hexagone, présentant chacune des caractéristiques propres (trajectoire, dimension, vitesse de déplacement, stade de développement, etc.). Les zones touchées et les dommages occasionnés sont ainsi très variables. On distingue malgré tout deux principaux types de tempêtes sur la France :

  •  les tempêtes « océaniques » : les régions les plus exposées de l'Hexagone sont situées entre les Pays de la Loire et la Normandie. Sont également concernés, mais à degré moindre, le Poitou-Charentes ainsi qu'une zone s'étendant de l'Île-de-France au Nord et à l'Alsace. Le Sud-Ouest est moins fréquemment touché, en particulier l'intérieur des terres qui est rarement concerné ;
  •  les tempêtes « méditerranéennes » : elles touchent principalement le Sud-Est et le Massif central, mais peuvent parfois déborder sur les régions avoisinantes. Elles sont souvent plus durables que les tempêtes océaniques et peuvent ainsi occasionner de gros dégâts.

Les cartes ci-dessous recensent le nombre annuel moyen de jours au cours desquels on enregistre un vent maximal instantané supérieur ou égal à 90 km/h et 100 km/h.

Les zones les plus ventées en France se situent principalement :

  •  sur les zones littorales : Manche, Atlantique, Méditerranée ;
  •  en montagne à proximité de col ou de crêtes : notamment le relief cévenol mais aussi les crêtes des Pyrénées, des Vosges, sans oublier le relief de la Corse ;
  •  au débouché des vallées, et particulièrement la basse vallée du Rhône (mistral) ou de l'Aude (tramontane).

Nombre de jours avec rafales supérieures à 100 km/h. © Météo-France.

Les dangers associés

Les dégâts provoqués par les vents violents varient selon la nature du phénomène qui en est à l'origine. Les rafales d'orage causent des dégâts d'étendue limitée, les trombes et tornades sur une bande étroite et longue, et les tempêtes sur une vaste zone.

Les dégâts causés par des vents violents :

  •  toitures et cheminées endommagées ;
  •  arbres arrachés ;
  •  véhicules déportés sur les routes ;
  •  coupures d'électricité et de téléphone ;
  •  les circulations routière, ferroviaire et aérienne peuvent également être perturbées.

Outres les vents violents qu'elles génèrent, les tempêtes peuvent également être à l'origine de pluies intenses, d'une forte houle et d'une marée de tempête, c'est-à-dire d'une élévation anormale du niveau de la mer au passage de la dépression, provoquée par la baisse du poids exercé par l'atmosphère sur l'étendue d'eau qu'elle surplombe. L'élévation est alors d'autant plus sensible que la chute de la pression atmosphérique au niveau de la surface de la mer est plus importante.

Comment s'informer sur les risques ?

Accessible en permanence sur les sites Internet et les applications mobiles de Météo-France, la carte de vigilance signale si un phénomène dangereux menace un ou plusieurs départements dans les prochaines 24 heures et renseigne sur les précautions à prendre pour se protéger. 

  •  Les bulletins de météo marine pour les sorties en mer :

Météo-France réalise les Bulletins météorologiques spéciaux (BMS) diffusés en cas de conditions de vent et d'état de la mer, à partir de l'avis de « grand frais ».

Le site qui regroupe toutes les actualités et les informations utiles et de prévention sur tous les risques majeurs, naturels ou industriels qui peuvent toucher la population.

Les tempêtes remarquables en France

De nombreuses tempêtes ont touché la France depuis 1980.

Les 40 tempêtes majeures en France métropolitaine, de 1980 à juin 2020. © Météo-France.

" L'ouragan " de 1987, la tempête de novembre 1982 et les tempêtes de 1999, Lothar et Martinse distinguent quant à la surface touchée par des vents supérieurs à 160 km/h : environ 3% pour les 3 premières et 6 % pour Martin.

Retour sur quelques tempêtes majeures récentes

Lothar (25 et 26 décembre 1999) a balayé le nord du pays avec des rafales souvent supérieures à 140 km/h sur une vaste zone s'étendant de la Bretagne à l'Alsace. Des rafales de 173 km/h ont été enregistrées à Saint-Brieuc et Orly, 169 km/h à Paris et 155 km/h à Nancy. Les vents exceptionnellement forts ont concerné de très nombreuses régions de la moitié nord de la France. De ce point de vue, Lothar est sans nul doute la tempête la plus sévère en France depuis 1980.

Voir la fiche de synthèse de la tempête Lothar sur notre site des tempêtes en métropole.

Retour sur les tempêtes exceptionnelles de 1999

Martin (27 et 28 décembre 1999) a circulé nettement plus au sud : les vents forts ont concerné principalement la moitié sud de la France, épargnant toutefois une partie du Sud-Est. Des rafales de 198 km/h et 194 km/h ont été mesurées respectivement à Saint-Denis-d'Oléron et à Royan, dépassant ainsi les valeurs maximales observées la veille lors du passage de Lothar. Toutefois, l'étendue géographique de la tempête Martin est restée en deçà de celle de Lothar.

Voir la fiche de synthèse de la tempête Martin sur notre site des tempêtes en métropole.

Klaus (24 janvier 2009) a principalement affecté le sud-ouest du pays. Si les surfaces touchées aussi bien par Lothar que Martin ont été plus larges que celles concernées par Klaus, les vents maximums enregistrés ont été aussi violents. Des rafales de 191 km/h ont été mesurées au cap Béar, 184 km/h à Perpignan et 173 km/h au Cap-Ferret et à Biscarosse. Klaus se distingue aussi par la persistance des vents forts qui ont duré parfois pendant plus de 10 heures.

Voir la fiche de synthèse de la tempête Klaus sur notre site des tempêtes en métropole.

Xynthia (27 et 28 février 2010) a traversé la France, des régions vendéennes et charentaises à celles du nord-est. La zone touchée par les vents supérieurs à 100 km/h est particulièrement étendue, plus vaste que lors de la tempête Martin. Mais la zone de vents les plus forts est beaucoup plus restreinte. Malgré cela, Xynthia a été extrêmement meurtrière : la tempête a produit de fortes vagues, mais également des élévations importantes du niveau de la mer (surcotes) qui, se produisant au moment de pleine mer avec une marée à forts coefficients, ont occasionné sur le littoral des phénomènes de submersion dont l'impact a été catastrophique.

Voir la fiche de synthèse de la tempête Xynthia sur notre site des tempêtes en métropole.

  • Cartes des surcôtes au passage de la tempête Xynthia.

    Xynthia : les surcôtes mesurées.

  • Tempête Xynthia : trajectoire.

    Trajectoire de la tempête Xynthia en France

Autres tempêtes remarquables

Retrouver 98 fiches sur les tempêtes historiques sur notre site « Tempêtes ».

Origines des vents violents et tempêtes

Comment se forment les tempêtes ? Qu’est-ce que le courant-jet ? Quand observe-t-on des vents violents ?

La formation des tempêtes

Une tempête est toujours liée au creusement d'une dépression atmosphérique près du sol. Cependant toutes les dépressions ne produisent pas une tempête. L'évolution d'une dépression en tempête dépend surtout de la structure de l'atmosphère en altitude, en particulier de l'état du courant-jet.

À nos latitudes, la position d'une dépression naissante par rapport au courant-jet ainsi que la structure de celui-ci conditionnent la formation d'une tempête. Une dépression évoluera d'autant plus facilement en tempête que les vents du courant-jet sont forts et que ces vents sont soumis à des variations importantes (accélérations, décélérations, changements de direction). La dépression se creuse en se rapprochant des extrémités du courant-jet et perd au contraire de son activité en s'en éloignant de celui-ci.

Pour en savoir plus, consultez notre site " Tempêtes ".

Qu'est-ce que le courant-jet ?

Le courant-jet (ou jet-stream) est un « tube de vent » très fort d'ouest, de 2 à 3 kilomètres d'épaisseur et de plusieurs milliers de km de long ; il est situé entre 8 et 12 km d'altitude (au sommet de la troposphère), selon la saison, et selon qu'il se situe plus près des pôles ou au contraire vers les tropiques.

La présence du courant-jet est liée à un fort contraste de température aux moyennes latitudes entre d'un côté l'air chaud des latitudes tropicales et de l'autre l'air froid des zones polaires. La vitesse du vent dans ce courant-jet est proportionnelle à cet écart de température. Dans certaines conditions exceptionnelles, le vent peut atteindre dans le courant-jet la vitesse de 400 km/h (c'était le cas sur l'Atlantique lors des tempêtes de Noël 1999).

Le courant-jet représente le mouvement général de l'atmosphère à la surface de la Terre. Il détermine les grands types de circulation atmosphérique des latitudes moyennes. En France par exemple, situation perturbée d'ouest, temps chaud par flux de sud, ou situation froide de nord ou de nord-est résultent de son évolution. Enfin, le courant-jet conditionne le creusement et l'activité des dépressions atlantiques. En moyenne, il est situé en été entre le nord de l'Amérique du Nord et la Scandinavie, circulant au nord des îles Britanniques, vers l'Islande et la Norvège. En hiver, il est plus rapide et se positionne en moyenne entre les Bahamas et la Manche.

Les origines de vents violents

Les vents les plus forts ne sont pas toujours observés au passage de tempêtes.

- Les orages sont à l'origine de vents forts et brefs (quelques minutes) sur une zone restreinte (quelques kilomètres carrés). Les cumulonimbus, nuages caractéristiques de l'orage, animés par des mouvements verticaux puissants, créent des rafales de direction imprévisible.

- En montagne, le passage du vent sur les sommets peut créer de violentes rafales sous le vent, en contrebas.

- Les trombes et tornades génèrent également des vents très forts. Ces phénomènes tourbillonnaires sont liés aux cumulonimbus, les nuages d'orages. Leur durée de vie n'excède pas une heure, mais plusieurs phénomènes peuvent se succéder.

- Enfin, dans les régions tropicales, les vents forts sont générés par des phénomènes cycloniques.