Nicolas Escurat - NASA APOD
Enquête sur 5 phénomènes atmosphériques non identifiés
01/09/2026Nuages en forme de soucoupe, boules de feu flottantes, mirages de navires suspendus dans les airs, éclairs sans tonnerre... Une vidéo Météo-France, tournée comme une enquête, pour comprendre ce qui se cache vraiment derrière les mystères du ciel.
Ovnis, phénomènes aérospatiaux non identifiés ou explication scientifique ?
Depuis des siècles, des phénomènes mystérieux alimentent les récits d'ovnis et de PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés). Mais derrière chaque témoignage se cache parfois une explication scientifique aussi fascinante que le mystère lui-même.
Dans cette enquête, partons sur les traces de 5 phénomènes atmosphériques qui ont marqué l'imaginaire collectif :
- le nuage lenticulaire — la "soucoupe volante" du ciel ;
- le feu de Saint-Elme — quand l'électricité danse sur les mâts et les ailes d'avion ;
- la Fata Morgana — ce mirage qui fait léviter navires et falaises ;
- la foudre en boule — l'un des phénomènes les plus mystérieux et les moins compris de la physique atmosphérique ;
- les farfadets (sprites) — ces éclairs rouges qui dansent au-dessus des orages, invisibles à l'œil nu.
Pour démêler le vrai du mystère, nous sommes aussi allés à la rencontre du GEIPAN, le Groupe d'Études et d'Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (du Centre national d'études spatiales/CNES), où les enquêteurs officiels français étudient des témoignages depuis 1977.
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Avez-vous déjà vu un ovni ?
Paul Salesse, reporter d’images pour Météo-France :
Cette question, elle peut faire sourire, mais elle est tout à fait légitime. Le ciel peut nous réserver pas mal de surprises que la science a du mal encore à expliquer Et justement, chez Météo-France, le ciel, c'est précisément notre terrain d'investigation.
Alors aujourd'hui, je vous propose de partir avec moi à la traque des phénomènes mystérieux qui entourent notre atmosphère, pour répondre à cette simple question : sommes-nous seuls dans le ciel ?
Texte affiché :
Ovnis : ce que les météorologues savent
Dans cette vidéo, je vais vous présenter cinq phénomènes non identifiés.
Ce sont cinq cas que nous allons décrypter afin de comprendre et de voir ce qui se passe dans le ciel. Allez, c'est parti !En France, il n'est pas rare de trouver des témoignages de personnes pensant avoir vu des soucoupes volantes près des montagnes lors d'une excursion.
Je vous présente quelques photos. Alors avec ce premier cas, est-ce qu'on aurait déjà la preuve d'un ovni ? Eh bien pas du tout. Ce que vous voyez ici, ce n'est pas une soucoupe volante, c'est un nuage. Et pas n'importe lequel. On appelle ça un nuage lenticulaire. Et je comprends qu'on puisse s'y tromper. Sa forme est parfaitement ronde, lisse, stationnaire. Il ne bouge pas, il ne se déforme pas. Il reste là, suspendu au-dessus des montagnes, comme posé. Mais pourquoi cette forme ?
Quand un flux d'air rencontre une montagne, il est forcé de s'élever. En montant, l'air se refroidit, la vapeur d'eau se condense, elle forme un nuage. Mais ce qui est fascinant, c'est que dans des conditions stables, l'air continue de circuler en vagues de l'autre côté du relief. C'est ce qu'on appelle une onde orographique.
Le nuage se forme toujours au même endroit, au sommet de la vague, et s'évapore de l'autre côté du creux de la vague. C'est pour ça qu'il semble immobile. Il se forme, se détruit en permanence au même endroit. C'est ce qui donne cette impression parfaitement symétrique, stable, silencieuse. La soucoupe volante idéale.
Cette vidéo est troublante. Elle semble sortie tout droit d'un film de science fiction. On dirait même que le cockpit de cet avion est attaqué. Alors est-ce qu'une nouvelle forme de vie cherche à communiquer avec nous ? Ou tout simplement embarquer à bord ?
Réponse de Corentin Perrot, prévisionniste à Météo-France :
Le feu de Saint-Elme, les marins le connaissent depuis l'Antiquité et pendant des siècles, ils n'ont pas su l'expliquer, c'était même mauvais présage. On nomme ce phénomène le feu de Saint-Elme, car il s'agit d'une lueur bleutée, parfois verdâtre, qui apparaît sur les ponts des mâts, des antennes, des ailes d'avion par temps d'orage.
Elle crépite, elle bourdonne. Elle peut durer plusieurs minutes, mais ce n'est pas de la magie, c'est de la physique. Lors d'un orage, le champ électrique entre les nuages et le sol devient extrêmement intense. Quand ce champ atteint une pointe métallique, comme un mât, une antenne, il ionise l’air tout autour. C'est-à-dire que les molécules d'air se chargent électriquement et émettent cette lumière caractéristique.
C'est ce qu'on appelle l'effet corona.
Une décharge électrique continue mais contrôlée, qui ne foudroie pas mais qui illumine juste.
Ce phénomène a également été observé au sommet des reliefs montagneux, sur les cornes du bétail ou les cheveux de personnes exposées à un champ intense, signe visible que la foudre pourrait frapper très prochainement.
Les anciens marins pensaient que c'était un signe des dieux tantôt bon présage, tantôt mauvais. Aujourd'hui, les pilotes d'avion le voient régulièrement sur leur pare-brise.
Le feu de Saint-Elme d'ailleurs, ne date pas d'hier dans notre imaginaire collectif.
Tintin l'a déjà croisé en montagne et les joueurs de Zelda Breath of the Wild savent qu'il ne vaut mieux pas sortir son épée en temps d'orage, car le métal attire la foudre. Un réflexe que les marins de l'Antiquité connaissent bien. Eux qui voyaient leurs mains s'illuminer d'étranges lueurs bleues. Un phénomène vieux comme le monde, mais qui aujourd'hui continue encore à nous fasciner.
Cas numéro 3 : des éclairs rouges ?
Des éclairs rouges qui flottent dans le ciel et qui prennent la forme d'une méduse géante suspendue dans le ciel. On dirait bien qu'on a affaire à une créature du monde à l'envers, comme dans Stranger Things. Avec ce cas, nous avons peut-être une preuve irréfutable que des formes de vie cherchent à communiquer avec nous.
Mais restons rationnels.
Imaginez un orage violent, des éclairs qui tombent et au-dessus des nuages, une forme rouge qui apparaît pendant quelques millisecondes puis disparaît. C'est ce qu'on appelle des farfadets, ou sprite en anglais. Et pendant longtemps, personne ne savait vraiment ce que c'était, parce que personne ne les avait filmés.
Ce sont des décharges électriques, comme les éclairs, et qui se propagent vers le haut entre 40 et 70 kilomètres, à l'inverse des éclairs que nous connaissons qui se plongent vers le sol. Quand un éclair frappe le sol, il crée un déséquilibre électrique dans la haute atmosphère. Ce déséquilibre se résorbe brutalement.
C'est ce qui produit ces flashs rouges en forme de méduses, visibles seulement depuis l'espace, mais aussi depuis un avion en altitude. Mais aussi lorsqu'on prend le phénomène avec un appareil photo, notamment avec une longue exposition.
Les farfadets ne sont pas seuls, ils font partie d'une famille de phénomènes lumineux transitoires.
Les elfes sont des anneaux lumineux qui s'expriment à environ 90 kilomètres en altitude.
En moins d'une milliseconde, les jets bleus jaillissent depuis le sommet des nuages vers le haut, en colonnes bleutées. Une ménagerie électrique entière se joue là-haut, invisible depuis le sol. On en dénombre des milliers par jour dans le monde, mais comme ils durent entre 3 à 30 millisecondes et qu'ils se produisent au-dessus des nuages, ils restent quasi invisibles à l'œil nu depuis le sol.
Cas numéro 4 : le bateau volant
Pour notre prochain cas, nous allons avoir affaire à des objets qui lévitent, et même plus précisément des bateaux. Serions nous face à une flotte spatiale ?
Réponse de Xavier Popineau, documentalise à Météo-France :
On a effectivement l'impression d'avoir un bateau volant, mais on n'a pas du tout un bateau volant. C'est bel et bien de l'optique. C'est une forme particulière de mirage.
Il y a très longtemps, les marins l'ont baptisé la Fata Morgana, c'est un mirage connu depuis le Moyen Âge. Son nom vient de la fée Morgane, celle de la légende arthurienne.
À l'époque des bateaux qui naviguaient en Méditerranée, près du détroit de Messine, entre l'Italie et la Sicile, rapportaient avoir vu d'immenses châteaux flotter dans la brume au-dessus de l'eau.
Incapable d'expliquer ça rationnellement, ils ont attribué le phénomène à la fée Morgane, qui selon la légende, avait le pouvoir d'élever des palais au-dessus des flots. Le nom est donc resté, mais il s'agit d'un mirage. Les mirages, ce sont des photométéores particuliers. C'est la loi optique qui est derrière ce phénomène.
Vous prenez un verre d'eau, vous trempez un crayon ou un pinceau dedans. On a toujours l’impression que le pinceau est cassé et brisé en deux morceaux. En fait, ce phénomène-là, c'est ce qu'on appelle la réfraction de la lumière. Et la lumière, quand elle passe d'un milieu à un autre, elle change brutalement de direction. Mais à l'intérieur d'un même milieu, elle peut aussi être déviée si elle rencontre des températures différentes.
Ici, imaginons, vous avez un sol très très chaud, l’air s'organise en différentes couches de différentes températures. Et pour la lumière, passer d'une couche à l'autre, c'est exactement comme passer de l'air à l'eau. Quand l'air s'organise de cette manière, la lumière, elle s'incurve et elle rebondit sur la face la plus chaude. Lorsque vous êtes sur la route en été et qui fait très, très, très chaud. Là, c'est très important, le très, très chaud. Vous avez l'impression que devant la voiture, qu'au-delà, il y a de l'eau, qui est répandue sur la chaussée. Pas du tout.
Là, vous avez ce qu'on appelle un mirage inférieur, c'est-à-dire que la lumière, elle part du ciel, elle rebondit sur la couche la plus chaude et elle remonte vers l'observateur.
Alors bien sûr, vous imaginez facilement que s'il existe des mirages inférieurs, il existe des mirages supérieurs.
Ici, au lieu d'avoir un sol très chaud, je prends un sol très très froid. Alors qu'est-ce que va faire la lumière ce coup-là ? Elle va rebondir toujours sur la couche la plus chaude, mais la couche la plus chaude cette fois, elle est en altitude. Si bien qu'ici ce qui se passe, et là on retrouve notre navire volant, la lumière, on a vu, elle rebondit toujours sur les couches les plus chaudes. Ça tombe bien parce que les couches plus chaudes sont en altitude.
Donc ici, si vous avez un bateau, la lumière qui quitte le bateau rebondit dans le ciel et retourne vers l'observateur. Ces visions ont tellement marqué les marins du 17ᵉ siècle qu'ils ont inventé une légende entière pour les expliquer.
Le Hollandais Volant, un vaisseau fantôme condamné à errer sur les océans pour l'éternité.
Pendant des siècles, les équipages ont juré l'avoir vu de leurs propres yeux, alors qu'en vérité, c'était juste une illusion d'optique, très probablement liée à la Fata Morgana.
Cas numéro 5 : une boule de feu ?
Bien, il est désormais temps de parler de notre dernier cas. Et celui-là, c'est du lourd.
Ce phénomène, on l'appelle la foudre globulaire.
Une boule de lumière silencieuse qui flotte, qui traverse les murs et qui disparaît sans laisser de trace. Un orbe lumineux digne des meilleurs archives de X-Files. On retrouve d'ailleurs ce phénomène dans les aventures de Tintin : Les 7 boules de cristal. Sauf que contrairement à tous nos dossiers précédents, celui-ci n'a pas encore été totalement résolu. La science elle-même butte encore sur ce phénomène.
Pour une fois, nous n'allons pas donner de réponse exacte, mais plutôt des hypothèses.
Explications de Christelle Robert, prévisionniste à Météo-France :
Des centaines de témoignages depuis des siècles décrivent tous à peu près la même chose : une sphère lumineuse de la taille d'une balle de tennis à celle d'un ballon qui apparaît pendant ou après un orage. Elle flotte, elle se déplace plus ou moins lentement, parfois en silence, et puis elle disparaît, soit silencieusement, soit avec une petite explosion.
Le problème, c'est qu'on n'a jamais réussi à en capturer une en condition contrôlée. Pas d'échantillon, pas de mesure directe, seulement quelques vidéos dont l'authenticité est toujours discutée. Des hypothèses, il y en a plusieurs.
Un plasma, des gaz ionisés maintenus par des champs électromagnétiques... Aucune ne fait consensus, aucune n'a permis de reproduire le phénomène en laboratoire.
La représentation de la foudre globulaire reste encore très mystérieuse et, pour le moment, le ciel garde le secret avec lui.
Dans cette vidéo, on parle beaucoup d'ovnis, mais est-ce que vous saviez que ce phénomène a un autre nom ?
On appelle ça des pans pour phénomènes aérospatiaux non-identifiés.
Et en France, il existe une institution dont c'est précisément le travail de les étudier.
Intervention de Frédréric Courtade, directeur du GEIPAN :
Le groupe d'étude des formations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés qui est un service du CNES, l'Agence française de l'espace. Le GEIPAN collabore avec pas mal d’opérateurs de l’État et en particulier Météo-France.
En tant que cas d’observations et d’hypothèses que l'on a pu creuser dans le cadre de nos investigations, il y en a un qui est particulièrement impressionnant : c'est le cas des parhélies.
Les phénomènes de “double soleil” que les témoins n’arrivent pas à reconnaître bien sûr parce que c’est quand même assez exceptionnel, ils sont dus justement à un phénomène météo.
Et là, Météo-France nous aide justement à vérifier que les conditions d'apparition de ce phénomène sont réunies, à savoir une présence dans les couches hautes de l’atmosphère de présence de cristaux de glace qui vont venir réfléchir les rayons du soleil et créer une image fantôme du Soleil, donnant l'impression qu'on se trouve confrontés à plusieurs soleils, donc plusieurs étoiles.
Et c'est vrai que les gens, quand on leur apporte une réponse scientifique sur ce qu’ils ont vu, tout à fait étayée en conjuguant le phénomène et les conditions météorologiques qui se trouvent réunies, c’est quelque chose extrêmement bénéfique pour nos enquêtes.
Les cas sont désormais classés.
Merci à tous d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout.