Copernicus/Météo-France
El Niño pourrait atteindre une intensité inédite depuis 1950 : quelles conséquences à l’échelle planétaire ?
02/10/2026Le phénomène El Niño continue de se renforcer dans le Pacifique. A la fin de l’été, son intensité atteint déjà un niveau fort, avec des conséquences climatiques sur de nombreuses régions de la planète. D’ici à la fin de l’année, l’intensité du phénomène pourrait être inédite depuis 1950. L’impact de ce phénomène à l’échelle du globe s’annonce important. Explications.
El Niño : qu’est-ce que c’est ?
El Niño et sa phase opposée La Niña sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l’océan Pacifique équatorial, une modification de la circulation atmosphérique mondiale et peut occasionner certains événements extrêmes sur un grand nombre de régions.
Le saviez-vous ?
El Niño se produit avec une périodicité de 2 à 7 ans environ. Le dernier épisode a été observé à partir de l’été 2023 jusqu’au printemps 2024.
L’œil de l’expert
En moyenne (situation « normale » dans le Pacifique), les alizés, vents des régions intertropicales, soufflent d’est en ouest et poussent l’eau chaude de surface vers l’ouest du Pacifique équatorial au niveau des côtes indonésiennes. Au large du Pérou, des eaux froides remontent des profondeurs et modèrent les températures de surface océaniques près des côtes. Les eaux de surface sont plus chaudes à l’ouest du bassin, vers l’Indonésie, la Papouasie et le nord de l’Australie. Ces températures élevées favorisent des précipitations plus abondantes en moyenne.
Lorsque survient un épisode El Niño, cet équilibre s’inverse : en basse altitude, les vents d’est faiblissent, voire s’inversent, et l’océan devient plus chaud aux abords des côtes du Pérou. Les eaux les plus chaudes, habituellement à l’ouest du bassin, se situent plutôt au centre du Pacifique. Par conséquent, les précipitations se font moins abondantes sur l’ouest, et, en moyenne, plus fortes sur le centre du Pacifique.
Cliquez ici pour en savoir plus sur le phénomène El Niño et son pendant, la Niña
D’où vient le nom El Niño ?
Les pêcheurs péruviens ont été les premiers à remarquer ce phénomène de réchauffement des eaux qui rendait la pêche moins fructueuse. Ce réchauffement s’observe souvent à partir du mois de décembre et a ainsi été surnommé El Niño, « le petit garçon », en référence à El Niño de Navidad, l’enfant Jésus en espagnol, célébré à Noël.
El Niño : quelle est la situation aujourd’hui ?
L'anomalie chaude de température de surface de la mer s’est accentuée ces dernières semaines sur le centre du Pacifique. En effet, sur le centre-est du Pacifique équatorial, l’anomalie des températures de surface de l’océan atteint 2,8 °C en moyenne sur le mois d'août(*).
Sur l’ensemble du dernier trimestre, l’anomalie est proche de 2 °C.
Ces anomalies caractérisent un phénomène El Niño en cours d’une intensité déjà forte.
Les impacts d’El Niño sont déjà marqués du Pacifique à l’Océan Indien avec, par exemple, une accentuation de la sécheresse sur l’Amérique centrale ou en Indonésie.
(*)Cet indice appelé Niño 3.4 est calculé par l’écart moyen à la climatologie des températures de surface de l’océan sur la région définie entre 5° N et 5°S, et 170°W et 120°W

Anomalies de température de surface des océans moyennées en août 2026 - Mercator Ocean International
Quelle est l’évolution prévue jusqu’en fin d’année 2026 ? Se dirige-t-on vers un El Niño hors norme ?
Sur la base des prévisions saisonnières à 6 mois de Météo-France et d’autres centres météorologiques, cet indice poursuivra sa hausse au cours des prochains mois pour atteindre son maximum en novembre ou décembre, qui pourrait être inédit depuis 1950.
« Les modèles de prévision à échéance saisonnière prévoient, dans leurs simulations du mois de septembre, l’amplification des anomalies de température de surface océaniques sur la région. L’amplitude des anomalies déjà présentes dans le bassin Pacifique équatorial ainsi que ces prévisions indiquent que l’épisode El Niño en cours sera parmi les plus intenses observés depuis 1950. » Lauriane Batté, climatologue à Météo-France (Direction de la Climatologie et des Services Climatiques)

Anomalie de températures de surface de mer sur le centre du Pacifique (boîte Nino34) : en bleu les observations, en rouge les 51 prévisions du modèle MF système9, en pointillé la moyenne des prévisions et en vert la climatologie du modèle (valeurs des percentiles)
El Niño : quelle influence sur le climat mondial ?
Les phénomènes El Niño, et son pendant La Niña, se forment au cœur de l’océan Pacifique, soit la plus grande étendue d’eau de la planète. Ils affectent le climat mondial dans son ensemble. En général, les phénomènes La Niña sont moins marqués que les phénomènes El Niño.
Lors d’épisodes El Niño, des conditions plus humides sont souvent constatées sur la côte ouest de l’Amérique du Sud, la Corne de l’Afrique ou dans le sud des États-Unis, alors que des conditions sèches sont le plus souvent observées de l’Océanie à l’Australie ainsi que sur le bassin de l’Amazonie. El Niño influence en particulier les conditions climatiques sur les territoires d’outre-mer situés dans les régions tropicales et subtropicales.
Lire aussi : quels impacts d'El Niño sur les territoires d’outre-mer ?
Par ailleurs, un épisode El Niño contribue à augmenter la température de surface de la planète pendant plusieurs mois. Dans son bilan climatique du mois d’août 2026, le service Européen Copernicus a indiqué que les températures de surface à l’échelle planétaire avaient égalé celles du record de mars 2024, sous l’effet conjugué du changement climatique et du renforcement de l’épisode El Niño. La survenue d’un événement El Nino marqué en 2026-2027, s’ajoutant à l’effet du changement climatique, augmente les probabilités d’observer en 2026 ou en 2027, une valeur de température moyenne planétaire proche ou supérieure au record de 2024. Rappelons que cette année-là, c’est l’influence d’El Niño, mais également de l’ensemble des bassins océaniques, qui avait contribué, en plus du réchauffement climatique, à atteindre des niveaux inédits de température depuis le début des mesures, dépassant le seuil symbolique de 1,5 °C de réchauffement depuis la période pré-industrielle 1850-1900.
El Niño : y a-t-il une influence sur le climat en Europe ?
Si les conditions atmosphériques le permettent et si l’intensité du phénomène est suffisante, les impacts d’un phénomène El Niño peuvent se propager au-delà de la zone équatoriale et de la zone Pacifique, notamment en hiver boréal.
En étudiant sur les cinquante dernières années l’ensemble des hivers coïncidant avec des épisodes El Niño, les scientifiques peuvent extraire un signal « moyen » associé au phénomène. Sur l’Europe, ce signal se traduit, en début d'hiver (novembre-décembre), par une faiblesse de pression de surface sur l'Atlantique Nord, avec en moyenne un peu plus de pluie et des températures plus tempérées sur l’Europe de l’ouest. En fin d’hiver (janvier-février), ce signal moyen favorise des températures plus faibles sur la Scandinavie et plus élevées sur la Méditerranée, et un peu plus de pluie sur le Sud-Ouest de l’Europe.
Toutefois, ces effets ne sont pas systématiques, et ne sont pas directement associés à l’intensité des épisodes. De très forts épisodes El Niño ont pu coïncider avec des températures plus élevées, ou à l’inverse plus fraîches, sur l’Europe de l’ouest, sans qu’un lien direct puisse être mis en évidence.
L’impact est généralement nettement plus faible que l’impact moyen lié au changement climatique qui se traduit par une tendance à la hausse des températures, particulièrement marquée sur l’Europe.
Les effets d’El Niño concernent donc surtout les territoires ultramarins..
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« Les modèles de prévision à échéance saisonnière prévoient, dans leurs simulations du mois de septembre, l’amplification des anomalies de température de surface océaniques sur la région. L’amplitude des anomalies déjà présentes dans le bassin Pacifique équatorial ainsi que ces prévisions indiquent que l’épisode El Niño en cours sera parmi les plus intenses observés depuis 1950. » Lauriane Batté, climatologue à Météo-France (Direction de la Climatologie et des Services Climatiques)